Rue de la République, on brave le couvre-feu. Gracy Hopkins a commandé deux pizzas, il ne lâche ni son ordinateur portable ni son téléphone, il parle très vite, d’une longue apnée qui couvre toutes les possibilités du récit avant même qu’on ait posé la moindre question, il est aussi intense que dans ses vidéos, que sur une scène, quand il est capable d’asseoir un parterre d’un seul geste impératif et de ses longs yeux incandescents. «J’ai grandi comme ça, j’étais la mascotte de la famille, on m’a élevé pour faire du théâtre, pour danser, pour chanter et pour me faire entendre. Petit, on me disait que j’étais un génie.»

Gracy Hopkins est un trompe-l’œil. Il porte un nom américain qui est la contraction de son vrai prénom, Gracy-Anthony, et du nom de l’acteur Anthony Hopkins, «parce que ça sonnait bien, essentiellement». Il rappe exactement comme un type de la côte Ouest, une sorte de double allumé de Tyler, The Creator ou de Kendrick Lamar, l’attitude, la flamboyance, l’absolue maîtrise du personnage, alors qu’il a grandi à Torcy, banlieue de Seine-et-Marne: «Un jour, j’ai vu qu’on parlait de notre cité à la télévision, j’ai appelé ma maman. Elle a dit que c’était pour les mauvaises raisons, on venait d’y démanteler un réseau terroriste.» Cela a donné la chanson Wrong Reasons: