Il suffit d'un son. Que le joueur d'oud effleure, d'une plume d'aigle, les cordes de son luth arabe. Que Rabih Abou-Khalil, dans le Théâtre de Verdure genevois ce mercredi, touche à ce qu'il connaît le mieux au monde, pour que les spectateurs soient immédiatement transportés dans l'Arabie de leurs légendes. Le Libanais ne donne pourtant pas dans les volutes d'encens et les palais de meringue. En crevasses et cascades périlleuses, le musicien marche dans les parages du jazz le plus exigeant, de la musique contemporaine casse-cou. Mais rien n'y fait.

L'oud ne parvient pas à renoncer à sa nature. Une caisse de résonance, quelques clés d'accord et ce sont déjà des parfums d'orient qui s'élèvent. Des récits de cheikhs sous tente, les rues brumeuses du Caire. L'oud fait inéluctablement arabe. Comme le tabla fait indien et que la cornemuse fait écossais. On n'échappe pas à son essence.

Alors, la beauté de ce concert vient d'ailleurs. Sûrement pas de ces scénarios exotiques qu'on ressasse dans la tête, tout en écoutant attentivement les improvisations éblouissantes. Rabih Abou-Khalil, installé depuis longtemps en Allemagne, connaît bien les mythologies orientalistes. Et il s'en sert.

Il conduit l'auditeur dans les cours médiévales de Bagdad, le laisse s'y étendre nonchalamment. Puis il rompt la divagation. Avec violoncelle, batterie et tuba, le luthiste invente une musique exubérante, outrancière. Où les enchaînements violents laissent derrière eux de larges cicatrices. Dans son sourire grinçant, il semble dire que la beauté naît de cette tension entre ce qu'on connaît et ce qu'on désire.

A la suite de l'exposition consacrée à la Beauté en Avignon, les journalistes du «Temps» se mettent en chasse d'instants de beauté sur les scènes culturelles de l'été.