C'était à Locarno, samedi dernier. Dehors, le soleil d'août brûlait la peau des festivaliers. Dans la grande salle du Rex, ceux qui avaient choisi de suivre la rétrospective soviétique allaient avoir droit à une double dose de fraîcheur. Celle de la salle, fortement climatisée, et celle du film de Marlen Huciev, Ijul'skij Dozd (Pluie de juillet).

La caméra suit Lena, belle jeune femme à l'orée de la trentaine. Elle la suit au sens littéral du terme, comme un homme suivrait une femme, sans arrière-pensée, juste parce que les rues et les places de Moscou paraissent plus belles dans son sillage. Lena le sait. Elle sourit à la caméra.

Pendant ce temps. La bande-son semble chercher sur une radio la musique qui accompagnera le mieux son pas alerte. Un orage d'été lui fera bientôt emprunter une veste à un inconnu. On continuera à suivre Lena, de mois en mois. De doutes en désenchantements…

A travers elle, c'est une génération, une époque dont Marlen Huciev a esquissé le portrait. Son film, cousin insoupçonné et magnifique de la nouvelle vague française, avait été sélectionné au Festival de Venise en 1967. Le Goskino, comité étatique qui régissait le cinéma russe, avait refusé l'invitation. Pendant trente ans, il a ainsi privé le monde de la beauté de Lena.

A la suite de l'exposition consacrée à la beauté en Avignon, les journalistes du «Temps» se mettent en chasse d'instants de beauté sur les scènes culturelles de l'été.