C'est quoi, une star? «Un don de Dieu, une discipline de travail… Mais surtout une personnalité», disait récemment le pianiste Jean-Yves Thibaudet, au Festival de Verbier. A dix-huit ans, Alisa Weilerstein possède déjà tous ces atouts. Elle étonne par sa manière d'empoigner le violoncelle, de le faire tanguer de gauche à droite, de plonger le regard dans l'infini, comme si elle avait tout, mais absolument tout vécu. C'est quoi, une star? C'est lorsqu'à l'entracte, soudain, Zoltan Kocsis laisse tomber son masque de star et qu'il se laisse entraîner par un violoniste à la crête punk dans les Danses roumaines de Bartók. Le diablotin tape du pied, lâche un cri. Il s'appelle Kennedy.

C'est quoi, une star? Ce peut être le regard qui tue – au sens littéral du terme –, comme lorsque Martha Argerich attend désespérément que le même Kennedy ait achevé sa cadence dans la Sonate A Kreutzer de Beethoven, l'air de dire: «T'as pas bientôt fini?» C'est quoi, une star? C'est lorsque Evgeny Kissin démultiplie ses mains pour jouer la Première Danse hongroise de Brahms écrite à l'origine pour quatre mains, et qu'en plus, il en rajoute deux autres – donc six au total – pour faire monter la sauce… Standing ovation. C'est quoi, une star? C'est lorsque Kennedy – encore! – donne son énième concert et que soudain, son violon se transforme en messager ailé, tandis que Martha Argerich le berce de ses mains de velours: en phase, les deux stars viennent s'inscrire au firmament du ciel.

A la suite de l'exposition consacrée à la Beauté en Avignon, les journalistes du «Temps» se mettent en chasse d'instants de beauté sur les scènes culturelles de l'été.