Placé en embuscade comme I l était une fois en Anatolie l’an dernier, Dans la brume du Biélorusse Sergueï Loznista aura paru un moment bien parti pour en répéter l’exploit (un Grand Prix du Jury surprise): il en possède en effet le souffle ample, les images magnifiques et l’absence totale de musique. Mais pas cette intelligence supérieure qui en transcenderait la relative aridité.

Né en 1964, passé par une longue expérience du documentaire, Loznitsa avait fait sensation il y a deux ans en plaçant en Compétition My Joy, son premier long métrage de fiction. Sa vision apocalyptique de la vie postsoviétique en avait frappé plus d’un. Changement de cap radical avec ce nouveau film qui adapte le roman éponyme (1989) du grand écrivain biélorusse Vasil Bykov (1924-2003), un récit de la Deuxième Guerre mondiale. A Cannes, dans le domaine, on était resté sur l’impression de l’indigeste Soleil trompeur 2 (première partie) de Nikita Mikhalkov. D’où une certaine méfiance, heureusement vite levée.

Le récit épuré de Dans la brume suit trois hommes, deux résistants et un villageois soupçonné de collaboration qu’ils sont chargés d’exécuter. Or il s’avère que ce dernier, libéré par les Allemands au contraire d’autres saboteurs qu’ils ont pendus, n’est qu’un appât. Ils sont tombés dans le piège!

L’essentiel du film les voit errer en forêt, puis l’un est tué et les autres tentent encore de s’échapper. Pour Loznitsa comme pour Bykov, il s’agit toutefois avant tout de révéler la fibre morale de ces personnages, éclairée à travers trois flash-back.

L’un des résistants est un homme droit, mais trop rigide, l’autre, le vrai lâche de l’affaire. Quant au faux coupable, comme résigné, il est déjà dans l’acceptation de son destin, auquel il ne voit plus d’issue.

«Dans la brume n’est pas à proprement parler un film académique. Avec ses longs plans-séquences et sa photo granuleuse (du Roumain Oleg Mutu, chef opérateur attitré de Cristian Mungiu), son style l’en préserve. Mais il se rend malheureusement coupable d’un «délit de faciès» gênant: le lâche, les collabos et les Allemands ont tous la gueule de l’emploi, tandis que la noblesse du «héros» se lit elle aussi d’emblée sur son visage. Un «aggiornamento» sur cette question est-il vraiment impensable, après des décennies de cinéma de propagande simplificateur?

Et puis, il faut bien l’avouer, avec sa lenteur qui inscrit le fatum dans le moindre plan, sans une pointe d’humour durant plus de deux heures, ce film pèse des tonnes. La complexité humaine de la situation et la subtile universalité qui en découle, loin d’une condamnation de la guerre trop entendue, ne sont pas en cause. C’est plutôt à une certaine «âme russe», d’une morosité décidément impénétrable, qu’on en veut. De sorte que, bien avant que la brume ne vienne tout couvrir de son blanc linceul, on en vient à souhaiter l’inévitable coup de feu final.

Avec sa lenteur qui inscrit le fatum dans le moindre plan, sans une pointe d’humour, ce film pèse des tonnes