Ils sont huit en slip de bain, adipeux, blanchâtres, velus, bedonnants… On a rarement vu affiche plus moche, plus dissuasive. Au moins est-elle honnête: Le grand bain est un film affreux, replet, raplapla, allant à pieds plats sur les chemins usés de la comédie franchouillarde décomplexée. Cinq vedettes (Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Guillaume Canet, Jean-Hugues Anglade) et trois faire-valoir (dont un Noir pour les quotas) incarnent une bande de baltringues cherchant à donner un sens à leur vie.

Il y a un dépressif qui sucre ses corn-flakes aux anxiolytiques, un chefaillon magouilleur et gueulard, un nigaud lunaire, un loser indécrottable et un coléreux pathologique. Ces papis flapis flottant sur l’eau chlorée sont entraînés par une alcoolique mélancolique (Virginie Efira). Lorsqu’elle part se faire soigner, elle est remplacée par une coach adepte de la schlague (Leïla Bekhti) qui met les ventripotents au pas.

Personnages improbables

Le grand bain commence par un abrégé philosophique sur l’inadéquation des figures du rond et du carré qui vise à l’absurde, sans atteindre la légèreté d’un Jaco Van Dormael ni le grain de folie d’un Terry Gilliam. On est en plein dans le ventre mou du cinéma français, avec des personnages improbables et caricaturaux, des dialogues insignifiants et vulgaires, des personnages féminins ratés, de l’humour de vestiaire, des situations invraisemblables, des gags qui tombent à plat…

On n’attend pas grand-chose d’Anglade et de Canet, mais même des génies comme Amalric et Poelvoorde ne trouvent pas la note juste. Seul Philippe Katerine, dans le rôle du gentil benêt qui «tapote» avec la souris de l’ordinateur, réussit à être attachant.

Avec ces stances de la masculinité en crise, Gilles Lellouche passe pour la première fois seul derrière la caméra. Sans surprise, le beauf du cinéma français réalise un film de beauf, aussi sympathique qu’un rat mort flottant sur un pédiluve.


Le grand bain, de Gilles Lellouche (France, 2018), avec Mathieu Amalric, Benoît Poelvoorde, Philippe Katerine, Guillaume Canet, Jean-Hugues Anglade, Virginie Efira, Leïla Bekhti, 1h58.