Selon une parole du Prophète, c’est à la porte de la ville de Lod que Jésus tuera, dès son retour, l’Antéchrist. Un héritage chargé, s’il en est, pour cette grande banlieue de Jérusalem dont les quartiers portent le nom de la couleur approximative de leurs habitants. «Blanc» pour les juifs d’Europe. «Gris» pour tous les autres. «Noir» pour les Arabes. Lod procède de plusieurs mondes, ghetto arabe, antichambre d’Israël, pays du milieu où les sangs semblent mêlés.

A Lod, de jeunes rappeurs palestiniens, fanatiques de Public Enemy et du Wu-Tang Clan, ont décidé il y a une dizaine d’années de baptiser leur groupe Dam. «Sang», en arabe, en hébreu. «Barrière», en anglais. Au fil des ans, ils ont érigé une œuvre dense, un manifeste des mots lancés. Ils ont fait beaucoup parler d’eux au moment où ils ont sorti leur premier morceau d’importance; son nom, «Min Irhabi», signifiait en substance: «Qui est terroriste?» Il s’est beaucoup écouté en ligne, plusieurs millions de fois. Dam traite d’un pays qui n’existe pas, d’une frustration qui métastase.

Chacun comprend comme il est harassant pour un Palestinien de vivre en des territoires ségrégés par un mur. On parle moins de ces Arabes d’Israël, citoyens de l’entre-deux-feux, qui ne peuvent pas voyager dans la plupart des pays arabes parce qu’ils possèdent un passeport à étoile bleue. Mais qui, surtout, n’ont pas accès à la Palestine. La musique de Dam voyage sans eux. Elle est la bande originale des jeunesses occupées, le son saturé, huileux, d’Hébron et Gaza.

Dans le documentaire Sling Shot Hip Hop, de l’artiste Jackie Salloum, Dam surgit dans un déluge de rap palestinien. Le film montre avec malice comment cette musique née de l’urgence des repoussoirs américains, tournée en éloge permanent au capitalisme toc, s’est déplacée vers ces lieux où il reste beaucoup à dire. Dam chante aussi en hébreu pour que leur message traverse les check points.

Ce n’est pas seulement la bonne conscience de jeunes qui se révoltent contre l’oppression. C’est aussi l’humour, la pertinence de leurs rythmes, l’audace de traditions qui s’entrechoquent. Il faut aller voir sur Internet les préparatifs de leur prochain album, drôle de remix foutraque où ils ont l’air de Beastie Boys du désert. Il faut surtout les voir sur scène pour comprendre enfin pourquoi le hip-hop reste l’ultime acrobatie des temps modernes.

Dam, ve 20 juillet, 20h. Village du monde, Paléo.