«Si tu pouvais parler au monde entier pendant dix secondes, tu dirais quoi?» «Tu es plutôt fan d’Elvis ou des Beatles? Margaret Thatcher ou Marguerite Duras? Elastique ou corde à sauter?» Et encore: «Dit-on surpris en bien ou déçu en bien?» Pas étonnant que Le Grand Dancing, à voir au Théâtre Saint-Gervais, jusqu’au 17 décembre, ait été écrit par un duo, Virginie Schell et Julien Basler.

Car tout est ping-pong verbal, ceci ou cela, patati et patata, dans ce spectacle qui aborde l’identité de manière légère, comme une danse qu’on esquisse en buvant un verre. Le propos de cette soirée hawaïenne sous les palmiers (décor de Zoé Cadotsch)? La vie est une fiction dont nous sommes tous les personnages, plus ou moins conscients de cette vaste construction.

De Molière à Tarantino

D’un côté Tarantino, de l’autre Tchekhov. Et au milieu de ces deux monstres sacrés, pères d’univers ultra-typés, Meryl Streep et Philippe Katerine, dans les rôles d’égéries à adorer. Les adorateurs? Ludovic Chazaud, Céline Nidegger, Marius Schaffter, Virginie Schell et Bastien Semenzato.

Tantôt, ces vacanciers dansent léger – un madison ou un slow –, tantôt ils disent leur affection pour ces figures phares de la création. Ah oui, Molière et Racine sont aussi salués lors de ce cocktail sous les cocotiers. Le premier donne même son style à un échange rythmé et rimé. L’histoire, comme le cinéma ou la violence sont des thèmes abordés distraitement, sans avoir l’air d’y toucher.

Invitée mystère

Et puis, comme dans toutes les fêtes réussies, il y a un invité mystère. Ou plutôt une invitée. Une «cinéaste, peintre, pianiste, graphiste christique» qui touche le public aux larmes et poursuit une démarche politique, «mais pas au sens classique du terme». On ne saura jamais qui est cette artiste aussi subtile qu’accomplie… pour la simple raison qu’elle n’existe pas dans la vraie vie! Cocasse d’ailleurs que, durant ce spectacle qui cite des mâles fameux à la pelle, la seule créatrice féminine ébouriffant la terre entière soit un mirage.

Mais tout cela n’est qu’un jeu, rappellent les danseurs en quadrillant la scène d’un madison parfaitement huilé. Une attitude dégagée que Julien Basler pratique avec succès depuis dix ans à la tête des Fondateurs, troupe genevoise excellant dans le deuxième degré et la construction à vue des décors des spectacles.

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Pour Le Grand Dancing, il s’est associé à la marionnettiste française Virginie Schell, rencontrée en Russie, car tous deux aiment «questionner la fiction et, en miroir, la réalité». On a vu spectacles plus urgents sur cette scène de Saint-Gervais, plus mobilisateurs aussi. Mais cette petite musique pour moi et pour toi, ce petit refrain «un air de rien» a le mérite de la légèreté ensoleillée. Un baume en ces temps de morosité.


Le Grand Dancing, Théâtre Saint-Gervais, Genève, jusqu’au 17 décembre.