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Un supermarché à Portland (Etats-Unis). Croire à la nature illimitée de la consommation, telle est l’idéologie irrationnelle qu’entretient le capitalisme depuis plus de cinq siècles, selon Dany-Robert Dufour.
© lyzadanger (CC BY-SA 2.0)

Livres

Le grand délire de possession du monde

Essai après essai, Dany-Robert Dufour s’attache à disséquer l’irrationalité du capitalisme qui conduit à la dévastation du monde. En mettant la consommation au cœur de son système, l’Occident aliène l’individu dans tous les domaines, du travail aux loisirs, en passant par la sexualité

Et si le Grand Récit occidental n’était, au bout du compte, que l’histoire d’un Grand Délire poussant irrémédiablement à la démesure depuis cinq siècles? Telle est la question explorée, minutieusement documentée de ce livre citoyen sur la nature illimitée du marché et la consommation/consumation des objets, des êtres et du monde.

L’auteur, philosophe et psychanalyste œuvre, essai après essai, à saisir autant l’esprit religieux que l’ingénierie des passions et pulsions à l’origine du capitalisme en tant que système total affectant les registres de la croyance, de la production et de la marchandisation.

«La fable des abeilles»

Tout serait parti, depuis les Pays-Bas, haut lieu du premier capitalisme, de la vision de René Descartes appelant les hommes à devenir véritablement «maîtres et possesseurs de la nature». L’autre idée (im)morale ayant nourri la (dé)raison occidentale est la maxime libératrice de Bernard de Mandeville extraite de sa Fable des abeilles (1714) où «les vices privés font la vertu publique». L’articulation de ces deux idées – maîtrise de la nature d’une part et libre cours à l’ego et à la pulsion individuelle d’autre part – aura rendu possible l’expansion du capitalisme. De nos jours, le Délire occidental se répandrait sur l’ensemble de l’humanité en aliénant tout particulièrement le travail, le loisir et l’amour.

Ainsi le travail demeure ce processus pénible et «ig-noble» lié à la division dans la Grèce antique entre libres et esclaves/métèques, et dans le monde latin entre arts «libératoires» (impliquant raisonnement, abstraction) et arts «mécaniques» (serviles). Le salariat, affiné depuis les chaînes d’assemblage fordiste et tayloriste jusqu’à la production toyotiste à flux tendus du «juste à temps», tend aujourd’hui vers un «précariat».

Fétichisme de la marchandise

Le loisir fait aussi l’objet d’un «investissement» où le temps «libre» est entièrement consacré à la consommation. Le fétichisme de la marchandise se poursuit, euphorisant l’individu autour de produits aliénants vantés comme libérateurs. L’amour enfin est mis en danger par l’injonction de «jouir sans désir», par l’usage généralisé de la pornographie en guise d’érotisme, par le déni du sexe au profit du genre: nous irions ainsi «vers une société unisexe sans amour».

Lire aussi:  Un prêt-à-penser antilibéral

«Voici donc un système qui se croit rationnel alors qu’il est fou en son cœur.» Selon l’auteur, l’Europe a propagé sa «peste» aux autres continents, les pays du Sud ne réalisent pas encore qu’elle concourt à la «dévastation du monde». Mais après le temps de la démesure (hubris) viendra inévitablement celui du châtiment (nemesis).


Dany-Robert Dufour, «Le délire occidental et ses effets actuels dans la vie quotidienne: travail, loisir, amour», Presses Pocket, 320 p.

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