Joe Wilkins, écrivain et poète originaire du Montana, se dit absolument persuadé de «l’importance de la lutte contre la mythologie de l’Ouest américain et la nostalgie qu’elle entraîne». Pour se faire, il ne s’agit pas pour les écrivains de se détourner de ce passé, marqué par le massacre des Amérindiens et par la destruction de la nature. Dans un entretien avec son éditeur, Joe Wilkins appelle au contraire à s’intéresser aux cultes du cow-boy, des pionniers, du western pour se les réapproprier et «récupérer ce qui en vaut la peine». Comme «un acte de réhabilitation» pour mieux surmonter et dépasser ce passé, «avancer vers l’avenir et recommencer à espérer».

Ces Montagnes à jamais, son premier roman, se déroule au pied des Bull Mountains, à l’est du Montana, terres jadis des peuples crows, des grizzlys et des bisons. Nous sommes en 2009. Sur une carte électorale de CNN, ce bout de comté rural et pauvre apparaît comme un minuscule confetti rouge ultra-républicain et anti-Obama, «un trou noir où s’engouffrait l’argent du contribuable, un tourbillon terrible de dégradation écologique, d’absence d’instruction, d’alcool, de méthamphétamines et de familles brisées».