BD

Grand Prix pour Tronchet et Anne Sibran

Le Festival de Sierre a dévoilé son palmarès.

Sous un soleil de plomb, le Festival de bande dessinée BD'04 s'est ouvert hier en dévoilant le palmarès des prix, qui seront remis ce soir par un grand jury présidé par la rédactrice en chef de Saturne, Ariane Dayer. Ce palmarès est dans le droit fil de la bande dessinée personnelle, intime et autobiographique que nous avions mise en avant hier (LT du 10.06.2004). A noter aussi que trois albums sont issus de l'excellente collection Aire libre, des Editions Dupuis, qui fête cette année ses 15 ans avec une production d'exceptionnelle qualité.

Traits autobiographiques

Le grand prix est revenu à Là-bas (Aire libre), du dessinateur Tronchet avec la scénariste Anne Sibran, sa compagne dans la vie. Anne Sibran y raconte avec une tendresse et une chaleur infinies la deuxième vie pathétique de son père pied noir, qui quitte précipitamment l'Algérie sur un des derniers bateaux avant l'indépendance et se retrouve à Paris totalement déraciné, avec sa femme, sa fille, sa sœur et sa mère, dans la pluie, l'incompréhension, l'hostilité même. La scénariste, qui avait déjà gagné le grand prix de Sierre en 2000 avec Emmanuel Lepage pour une sublime Terre sans mal (Aire libre aussi), a adapté avec bonheur ce récit très autobiographique d'un livre qu'elle avait écrit il y a une dizaine d'années au moment de la mort de son père, Bleu-figuier.

Ce n'est pas un dessinateur, mais un médecin, Charles Masson, qui a reçu le prix du premier album, avec Soupe froide (Casterman). Premier et peut-être dernier album: c'est le témoignage qui importe pour Masson, pas un changement de carrière, même si son dessin noir et blanc est d'une force et d'une expression qui peut en remontrer à bien des auteurs «professionnels». Son clochard s'enfuit d'une maison de repos en pyjama dans la neige, parce qu'on lui a servi une soupe froide, une insulte qu'on ne ferait même pas à un chien. Sur 132 pages, c'est un long monologue pathétique d'un homme qui ne demande qu'à être reconnu comme individu, et c'est surtout la synthèse poignante et authentique de deux événements vécus par ce médecin qui donne la parole à ce clochard «qui ne l'avait jamais eue et qui ne l'aura jamais plus».

Le reste du palmarès:

BD Jeunesse: La Voix des cheminées (Koma t. 1), des Genevois Wazem et Peeters (Humanoïdes Associés).

Prix du jury: Où le Regard ne porte pas t. 1, de Pont et Abolin (Dargaud).

Humour: Du Ramdam chez les brasseurs (Donjon Monsters t. 6), de Yoann, Sfar et Trondheim (Delcourt).

Découverte: Prosopopus, de De Crécy (Aire libre).

BD enfantine: Maléfice et mandragore (Mort de trouille t. 1), de Mauricet et Vanholme (Casterman).

Prix de la presse: Le photographe t. 1, de Guibert, Lefèvre et Lemercier (Aire libre).

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