Lyrique

Grand spectacle pour la renaissance parisienne des «Huguenots»

L’opéra de Giacomo Meyerbeer s’impose diversement dans la mise en scène d’Andreas Kriegenburg et les décors de Harald B. Thor. Ouverture de saison inégale à l’Opéra Bastille

C’est un choix patrimonial. Pour l’année de célébration des 350 ans de l’Opéra de Paris, Stéphane Lissner a voulu rendre leur grandeur aux Huguenots, qui ont subi une longue traversée du désert après leur dernière représentation parisienne en 1936.

Aussi programmé pour l’inauguration du Palais Garnier en 1875, le grand opéra de Giacomo Meyerbeer retrouve, pour l’ouverture de la saison lyrique actuelle, une forme d’éclat indéniable. On aurait pourtant préféré plus d’audace, de cohérence et d’imagination dans le traitement scénique du colosse opératique français.

Il faut dire que le géant ne s’aborde pas facilement. Malgré quantité de coupures, les cinq heures de spectacle (avec près d’une heure et quart d’entractes) ne se laissent pas apprivoiser sans patience.

Sans direction apparente

L’image se charge de tenir l’auditeur en haleine dans cette nouvelle production spectaculaire. Les décors imposants découpés sur trois étages d’Harald B. Thor, les lumières vives d’Andreas Grüter, les costumes colorés de Tanja Hofmann, la clarté et le charme de certains univers opposés ou l’agitation des foules saisissent l’œil. Mais la mise en scène d’Andreas Kriegenburg, explicitement transposée en 2063 sans aucune traduction scénique du concept, déstabilise la séduction visuelle et égare les protagonistes, souvent laissés à eux-mêmes sans direction apparente.

Il y a beaucoup de confusion dans les mouvements annexes (ces serviteurs blancs qui tournent inlassablement avec des plateaux de verres de Champagne en main, ces bousculades de foule désordonnées dans les escaliers, ces frottements masturbatoires d’épées…) Et il y a bien peu de chair et d’âme entre les êtres (ces postures d’un autre temps…)

Le prototype du grand opéra à la française

Qu’est-ce qui impressionne donc dans ce spectacle? La force et la grandeur de la partition, prototype du grand opéra à la française dans l’ordonnancement strict de ses airs, ensembles et parties orchestrales. Le travail solide des chœurs, qui occupent une place centrale, fait aussi beaucoup pour l’attrait de la production. Mais la magnifique prestation de Lisette Oropesa, remplaçante de Diana Damrau dans le rôle de Marguerite de Valois, constitue l’atout majeur de ces Huguenots.

La vocalité est parfaite, souple, longue, légère puissante et agile. Le timbre lumineux, la technique virtuose et la présence naturelle de cette soprano aux sons filés exemplaires et aux aigus rayonnants la placent sans peine au sommet de la distribution.

Une autre défection se voit moins heureusement compensée: celle du ténor Bryan Hymel. Bien que sauvant le spectacle à dix jours seulement de la première, Yosep Kang peine à répondre aux exigences drastiques du rôle, qu’il endosse pourtant avec courage. Les suraigus forcés, la ligne vocale tendue et le jeu raide: le Coréen campe vaillamment un Raoul de Nangis dont on souhaite qu’il apprivoise les difficultés au fil des représentations.

Une renaissance appréciée

De leur côté, Karine Deshayes (Urbain magnifique) et Ermonela Jaho (Valentine bouleversante) tiennent haut la part féminine du plateau. Et Nicolas Testé (Marcel), Paul Gay (Saint bris) et Florian Sempey (Nevers) composent une masculinité charpentée et équilibrée pour leur répondre.

Quant à l’orchestre de l’Opéra de Paris, s’il ne trouve pas en Michele Mariotti un chef de la précision, de la démesure ou de l’élégance, les musiciens portent l’œuvre avec un éclat certain. Une renaissance appréciée du public et qui a le mérite de remettre le répertoire français au cœur de la «Grande boutique».


Palais Garnier, les 4, 7, 10, 13, 16 et 24 octobre. Loc et rens: 00331 71 25 24 23, www.operadeparis.fr

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