Le vaisseau lyrique du Grand Théâtre navigue en eaux claires. Alors que l'avenir du Ballet était menacé, l'an dernier, les responsables affichent leur optimisme – jusqu'au contentement. «Le couple dépensier que nous sommes a la vanité de croire qu'il compte pour le prestige de Genève et son rayonnement international», a déclaré hier Jean-Marie Blanchard en désignant Bruno de Preux, président du Conseil de fondation. Coupant court à la «métaphore matrimoniale», et malgré la légère hausse de prix qu'il annonce, le directeur souligne la politique tarifaire menée depuis trois ans pour favoriser l'accès à tous.

Pas de quoi s'alarmer: cette hausse épouse l'augmentation linéaire du budget de l'institution, évaluée à 3,5%. «Il est normal de demander aux catégories privilégiées de porter l'effort sur le plan artistique, estime Jean-Marie Blanchard. Les jeunes, en particulier, trouveront des places à onze francs, alors que le coût réel d'un fauteuil au Grand Théâtre est de 900 francs.» L'opéra, en effet, coûte: à titre indicatif, une place en première catégorie (désormais 179 francs) ne couvre qu'un cinquième de cette somme. Les prix augmenteront également de dix francs pour les deuxième et troisième catégories. Et de préciser qu'un tiers des places d'opéra reste disponible à moins de 70 francs.

Rénovation des loges et de la billetterie, révision du système informatique, construction d'un ascenseur pour handicapés: autant de chantiers destinés à moderniser l'institution. Les multiples formules d'abonnement à la carte – d'abord critiquées – ont insufflé un sang neuf. «Dans la salle, on a renouvelé les têtes grisonnantes», ironise le président du Conseil de fondation. Si l'Etat ne verse pas de subvention directe au Grand Théâtre, la Ville reste son pourvoyeur principal, répartissant sa contribution en deux parts: 18,7 millions pour financer les salaires des fonctionnaires, l'entretien du matériel, etc., et 12 millions de subvention. Patrice Mugny, chargé des Affaires culturelles, a évoqué l'avenir du Ballet. On sait aujourd'hui le nom du donateur qui a permis son sauvetage in extremis. Outre le million supplémentaire alloué par la Ville, les 700 000 francs de la Fondation Edmond Safra (auxquels s'est ajoutée une rallonge des communes périphériques et de la Fondation Wilsdorf) ne suffiront pas à garantir le deuxième million manquant. «Il faudra indexer la subvention», a-t-il souligné. Une partition délicate.

La saison 2004/2005, elle, est le fruit de «rencontres» entre le directeur et les artistes. Le compositeur genevois Xavier Dayer créera un opéra d'après Menina e Moça de Bernardim Ribeiro, précédé du Cornet de Frank Martin. Deux classiques encadrent la saison: Pinchas Steinberg se voit confier Otello de Verdi (reprise de La Monnaie, avec Vladimir Galouzine), Woldemar Nelsson dirige Fidelio de Beethoven (mise en scène de Stein Winge). Si Pierre Strosser (De la Maison des Morts de Janácek) et Yannis Kokkos (Hänsel et Gretel de Humperdink) sont très attendus, le Tristan de Wagner par Olivier Py s'annonce d'ores et déjà controversé (Armin Jordan à la baguette). L'Orfeo de Monteverdi, avec Victor Torres et l'ensemble Il Giardino Armonico (mise en scène de Philippe Arlaud), constitue le pan baroque. Alain Garichot et le chef Evelino Pidò défendent le rarement donné Maria Stuarda de Donizetti.

Le Grand Théâtre invite en outre Stephan Grögler à mettre en scène un opéra d'Isabel Aboulker d'après le roman Les Enfants de l'Ile du Levant de Claude Gritti. Cet ouvrage, dirigé par Philippe Béran, convoquera des jeunes artistes en herbe de diverses écoles genevoises. Belle affiche de récitals, auréolée par la mezzo Bernarda Fink, la soprano Felicity Lott, le contre-ténor David Daniels et le baryton Bo Skovhus, exceptionnel dans le récent Parsifal (Amfortas).

Grand Théâtre de Genève. Saison 2004/2005. Loc. 022/418 31 30 ou sur http://www.geneveopera.ch