Lyrique

Le Grand Théâtre déroule sa dernière programmation à l'Opéra des Nations

La prochaine saison lyrique genevoise affiche des raretés et des projets intéressants sous la figure du cercle. Tour de piste

C’est à une ronde que convie le Grand Théâtre à l’occasion de sa dernière année à l’Opéra des Nations. La ronde de «l’amour sous toutes ses formes», pour la présidente de la fondation Lorella Bertani. Les cercles qui parcourent le visuel de la prochaine saison, plutôt que d’enfermer les sentiments, les rassemblent sous un même symbole d’harmonie.

Si on se réfère aux titres majeurs, tout commencera entre un bol de crème à raser, une bague et un œillet, révélés à la verticale. Sous le titre de «Trilogie de Figaro», Tobias Richter et David Pountney ont conçu une collaboration originale. Les directeurs du Grand Théâtre de Genève et du Welsh National Opera de Cardiff ont réuni trois ouvrages, impliquant le célèbre personnage de Beaumarchais, dans un environnement unique conçu par Ralph Koltai.

Tobias Richter à la mise en scène

La grande figure nonagénaire du décor inspire un metteur en scène par ouvrage. Sam Brown s’attelle au Barbier de Séville. David Pountney (aussi librettiste) en découd avec Figaro gets a Divorce de la compositrice Elena Langer. Et… Tobias Richter organise les Noces de Figaro. D’après Lorella Bertani, c’est l’unique fois que le directeur du Grand Théâtre proposera une mise en scène personnelle à Genève. Une «permission exceptionnelle» qui s’inscrit dans un concept partagé.

Voir la vidéo de la mise en scène par Tobias Richter des Noces de Figaro de l’opéra de Cardiff

Cette aventure singulière, programmée sur trois jours en quatre cycles, ouvrira le cercle lyrique en septembre sous la baguette de Jonathan Nott. Le signe d’une nouvelle ère bienvenue de collaboration avec l’OSR, dont on n’a plus vu les chefs diriger régulièrement en fosse depuis le début du siècle… La commande, donnée en création suisse, de l’opéra composé d’après Figaro divorce d’Ödon von Horváth, sera de son côté confiée à Justin Brown devant le Basel Sinfonietta.

Colerette et tambourin

Quels autres anneaux pour raconter la saison? Une collerette illustre le rare Fantasio d’Offenbach, en coproduction avec l’Opéra-comique de Paris. Le jeune astre montant Thomas Jolly, dont le long Henri VI marqua Avignon et l’Odéon parisien, sera aux commandes.

Pour les fêtes, c’est un tambourin qui annonce le Baron Tzigane de Johann Strauss, dans sa version française pour la compréhension et l’échange avec le public. Le chef suisse Stefan Blunier, qui fit florès dans Wozzeck, reprendra le chemin de la fosse alors que Christian Räth dirigera le plateau de cette joyeuse nouvelle production.

Le cœur d’une marguerite effeuillée? C’est pour Faust de Gounod qui inaugurera l’année 2018 dans une autre nouvelle production rassemblant de beaux noms. Jesus Lopez Cobos donnera l’impulsion musicale et Georges Lavaudant se consacrera à l’aspect théâtral, alors que John Osborn incarnera le rôle-titre.

Pour suivre la thématique diabolique, les grandes Scènes du Faust de Goethe de Schumann, entre oratorio profane et cantate scénique, ouvriront la voie de la forme de concert. C’est le wagnérien Peter Schneider qui tiendra les rênes de la coproduction avec l’OSR. A part les premiers rôles connus aujourd’hui, il faudra attendre pour connaître la suite d’une distribution en projet.

Deux femmes côté coeur

Le dernier ouvrage inspiré d’un pacte avec le Malin n’est rien moins que Don Giovanni de Mozart. Mis en scène par David Bösch et dirigé par Stefan Soltesz, le dévoyé sera incarné par le magnifique Simon Keenlyside, dans un cercle de feu…

Côté cœur, deux femmes sont à l’ouvrage. La Sicilienne Emma Dante et la Milanaise Serena Sinigaglia, à qui l’on doit un Giasone délicieux, se relaieront autour de Cavalleria Rusticana et Pagliacci, avec Alexander Joel à la direction musicale.

Reste un masque d’armure pour King Arthur de Purcell, défendu par Leonardo Garcia Alarcon avec sa Cappella Mediterranea et Alain Maratrat. Aucun nom pour la distribution, là encore en attente…

Concert surprise

On le voit, la saison ne manquera ni d’idées, ni de talents pour les défendre, même s’il reste des inconnues au programme. Le menu du concert de Riccardo Muti et de son orchestra Giovanile Luigi Cherubini, n’est par exemple pas encore défini. Le chef italien, qui avait dû annuler Ernani en version concertante en 2015, remplira son contrat avec une carte blanche annoncée dans un an tout juste. Et la soprano Sonya Yoncheva reviendra dans la ville qui la vit débuter avec un autre concert surprise, et un orchestre encore inconnu.

Il y aura encore de quoi nourrir l’oreille seule avec des rendez-vous de haute tenue (La Clémence de Titus avec Teodor Currentzis et l’ensemble MusicAeterna, la soprano Nina Stemme et le Svenska Kammarorkestern dirigé par Thomas Dausgaard) et quatre récitals de luxe (la mezzo Marie Nicole Lemieux, le baryton Willard White, la soprano Dorothea Röschmann et la basse Mikhail Petrenko). Une saison inspirante.

Recettes à la baisse

Mais l’opéra ne vit pas que d’amour et d’ambroisie. Si la fréquentation est élevée – près de 88% d’occupation – les recettes baissent, note Lorella Bertani. La capacité de l’Opéra des Nations est de 1000 places, souligne-t-elle encore, contre 1500 pour la salle de la place de Neuve. «Nos dépenses artistiques sont certes couvertes par nos recettes propres, mais une part de celles-ci sont attribuées aux frais fixes.» Conséquence: les montants consacrés à la création diminuent d’année en année.

La solution viendra-t-elle du canton? Celui-ci s’est engagé à augmenter son aide pour 2017 et 2018. Sami Kanaan, le magistrat responsable de la culture en Ville de Genève, milite pour un partenariat renforcé entre les collectivités publiques. Pour le moment, c’est encore un scénario. A l’automne, cela pourrait se transformer en projet de loi. Serait-ce le début d’un cercle vertueux?


Grand Théâtre de Genève, du 27 août 2017 au 4 juillet 2018. Rens: 022 322 50 00, www.geneveopera.ch.


La Callas, marraine du Ballet du Grand Théâtre

Grande dame de la danse, Reinhild Hoffmann recréera «Callas» l'automne prochain avec la compagnie genevoise

L’étoffe de la Callas. Ses robes de larmes, ses décolletés vole-au-vent, ses étoles en partance: tel sera le vestiaire des danseuses du Ballet du Grand Théâtre cet automne. Elles auront ce privilège, celui de se glisser dans les habits de Maria l’adulée, à l’occasion de Callas, ballet de la chorégraphe allemande Reinhild Hoffmann, une grande dame comme on dit.

Car ce nom-là n’est pas seulement une époque, c’est un style aussi, soulignait jeudi Philippe Cohen, le directeur du Ballet du Grand Théâtre. L’artiste, 74 ans, a appris le métier à la fin des années 1960 à l’Ecole Folkwang d’Essen dirigée alors par Kurt Jooss, un maître. «Comme Pina Bausch, elle représente ce qu’on appelle le «tanz-theater», explique Philippe Cohen. Les interprètes adoptent des postures théâtrales, font parler le corps.»

L’amour, donc, rien que son poison et ses promesses de l’aube. C’est sur ce thème porteur que Philippe Cohen a construit sa petite saison. Il vaudra la peine ainsi de se laisser étourdir par les talons impérieux des danseurs de flamenco réunis par Sara Baras, une diva du genre – Voces, du 21 au 25 février. Le trio en mi bémol majeur de Schubert, les Mélodies de Tchaïkovski, les Kinderszenen de Robert Schumann devraient inspirer les chorégraphes Andrew Skeels et Natalia Horecna au début de l’été. De leur deux créations avec le Ballet du Grand Théâtre, on espère un «Vertige romantique», titre du programme. Ce sera l’ultime spectacle à l’Opéra des Nations. La révérence est soyeuse. (Alexandre Demidoff)


Modifié le 27 avril 2017 à 20h48 : ajout des deux derniers paragraphes et du complément «La Callas, marraine du Ballet du Grand Théâtre».

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