Les annulations, c’est la dure réalité à laquelle toutes les institutions culturelles sont soumises. Spectacles, productions, concerts et festivals tombent comme des mouches. Jusqu’à quand? La question reste ouverte. En attendant, les stratégies de diffusion en ligne se développent à la vitesse grand V sur le web.

Au niveau classique, le Grand Théâtre et l’OSR, comme d’autres, ont plongé dans la Toile pour garder le contact avec leur public, abonné ou non. Ils espèrent aussi toucher de nouveaux venus et des curieux via un mode de communication devenu indispensable.

L’opéra est un domaine particulièrement touché par la crise puisqu’il englobe une somme unique d’arts et de savoir-faire. Le théâtre est concerné, avec ses décors, costumes, mises en scène et technique de scène parfois très lourde.

Déceptions à la hauteur des énergies engagées

Du côté musical, un orchestre symphonique, un chœur de solistes et des chefs d’orchestre sont réunis dans une aventure commune pour laquelle le personnel administratif et artistique rassemble tous ses efforts.

Les productions se définissent trois ans à l’avance et se préparent en amont pendant des semaines. Les annulations représentent de grosses pertes, et des déceptions à la hauteur des énergies engagées.

La scène de Neuve a dû rayer de son programme quatre rendez-vous lyriques: la commande du Voyage vers l’espoir, qui devait être donné en création ces jours, La Cenerentola, le ballet Ce qu’il nous reste et la création suisse pour jeunes Electric Dreams, ainsi que les récitals de Stéphane Degout et Natalie Dessay. Celui de Ian Bostridge et l’œuvre monumentale de Saint François d’Assise de Messiaen sont pour l’heure incertains.

La réaction à ces retraits n’a pas tardé. Une plateforme internet vient de naître: GTG/digital. Consultable à tout moment sur le site du Grand Théâtre, cette nouvelle forme de diffusion, si elle ne remplace pas l’opéra vivant vécu en salle, offre un espace de communication et de partage autour des spectacles qui n’ont pas pu avoir lieu.

«Ce projet est un peu devenu une nouvelle forme de production, en ligne, pour rester en contact avec notre public», révèle Aviel Cahn. «L’idée est partie de la grande déception de ne pas avoir pu révéler la création mondiale de Voyage vers l’espoir de Christian Jost, mis en scène par le réalisateur Kornel Mundruczo d’après le film oscarisé en 1991 du Suisse Xavier Koller.»

Petite chaîne de télévision

Puis, il a vite été question d’enchaîner sur les autres productions de la maison. «Il ne s’agissait pas de copier-coller des rediffusions d’anciens spectacles comme cela se fait dans certaines maisons. Grâce à la RTS, Arte Concert et Mezzo, nous disposons de productions archivées déjà consultables. Nous voulions plutôt créer un genre de petite chaîne de télévision où trouver des sujets thématiques, différents chaque semaine, sur divers angles autour des artistes et des personnes engagées dans chaque programme lyrique ou chorégraphique.»

Ainsi, cette semaine sera dévolue au Voyage vers l’espoir et la prochaine au ballet annoncé. Les suivantes se tourneront sur Les Indes galantes ou Einstein on the Beach, avec des réflexions, entretiens d’artistes, descriptions du travail ou propositions d’un autre spectacle de Daniele Finzi Pasca, par exemple, pour mieux entrer dans son univers. Les idées affluent et attendent d’être mises en forme.

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«Nous ne savons pas jusqu’à quand vont durer les mesures actuelles, mais nous continuons», explique le directeur. Et comme il faut voir les côtés positifs de chaque événement négatif, Aviel Cahn poursuit: «La situation nous a contraints à avancer rapidement sur une piste que nous imaginions sur le long terme, mais que nous n’avions pas encore eu le temps de réaliser. Et ces consultations en ligne poussent aussi un certain public réticent au web à découvrir un univers et une nouvelle façon de fréquenter le Grand Théâtre.»

L’OSR se lance dans le «Boléro» de Ravel

De son côté, l’OSR n’est évidemment pas resté les bras croisés. Le partage étant inscrit dans les gènes de tous les musiciens, certains membres de l’orchestre romand ont naturellement proposé une vidéo publique collective à réaliser dans leur confinement personnel.

Le Boléro de Ravel leur est apparu particulièrement représentatif d’une marche progressive en crescendo vers l’éclat final. Ils ont choisi cette partition emblématique pour rester en contact entre eux, et avec leur public.

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Steve Roger, directeur général de l’orchestre, a encouragé l’aventure. «Quand nous avons vu que l’orchestre de Nice et le National de France venaient de publier la même idée, cela ne nous a pas découragés pour autant. L’OSR travaillait déjà depuis plusieurs jours sur ce projet qui a été monté en un temps record en collaboration avec la RTS.»

«Nous déclinons l’œuvre de façon différente, avec un message du chef Jonathan Nott qui s’adresse en introduction aux auditeurs. Le développement progressif de l’interprétation «confinée» de chaque musicien aboutit sur une fin en situation orchestrale publique, grâce à un enregistrement dont nous disposions.» Diffusée sur YouTube, la vidéo rejoint le lot grandissant des témoignages musicaux de cette époque tourmentée et déstabilisante.

Pour rester en contact sur le plus long terme, la retransmission en streaming de concerts préenregistrés est par ailleurs diffusée sur la chaîne Youtube de l’orchestre tous les mardis, jeudis et samedis à 20h jusqu’au 11 avril. Ces concerts seront visibles jusqu’au 31 juillet. Debussy, Moussorgski, Brahms, Stravinski et Beethoven en occupent les affiches, avant que d’autres programmations en préparation n’apparaissent après le 11 avril.