Architecture

Le Grand Théâtre en ses murs rénovés

L’Opéra de Genève rouvre ses portes après trois ans de travaux et un déménagement provisoire à l’Opéra des Nations. L’inauguration, qui a lieu le 12 février avec l’introductif «Or du Rhin» de la «Tétralogie» wagnérienne, est très attendue. Visite

Le lifting est très réussi. Marqué par les outrages du temps et une vandalisation de sa façade lors d’une manifestation alternative en 2015, le Grand Théâtre de Genève affiche enfin une nouvelle jeunesse. Tous les signes de l’âge et les détériorations ont été effacés. Après trois années de fermeture, de déménagements et de travaux, le bâtiment historique se voit décapé, restauré et augmenté. Le voici qui a retrouvé la fraîcheur de ses couleurs d’origine. Et les quatre allégories de l’entrée, ravivées et d’un blanc éclatant, invitent à nouveau joyeusement le public à la fête lyrique.

A l’intérieur, les retrouvailles se conjuguent avec des découvertes et des surprises. C’est que, tant pour la restauration que la modernisation, la création de nouveaux espaces gagnés en sous-sol et sous le toit, et la rénovation, le Département des constructions et de l’aménagement de la ville a avancé main dans la main avec deux architectes – François Dulon du bureau March et Danilo Ceccarini de Linea. Il s’agissait pour eux d’harmoniser la nécessité de créer des lieux supplémentaires et les exigences de sécurité avec la grande régénération historique. Un mariage délicat conçu pour durer.

Coûteux travaux et méchante infiltration

Les lourds et coûteux travaux (environ 70 millions de francs issus de fonds publics) sont enfin achevés, après une méchante infiltration qui a retardé la réouverture de six mois. Voilà venue la fin de ce qui fut une véritable épopée pour les responsables, employés, artistes, choristes et musiciens liés au Grand Théâtre.

D’abord, le déménagement des équipes techniques et administratives, avec leur emménagement dans de nouveaux lieux provisoires, a remué les troupes. Ensuite, le rachat de la structure du «Théâtre éphémère» de la Comédie française, et sa rapide transformation en un «Opéra des Nations» (ODN) approprié aux exigences lyriques genevoises et sa construction aux abords de l’ONU, ont ajouté à la complexité de l’aventure.

Le fer de lance du chantier

La revente finale de l’ODN à une entreprise chinoise, son conditionnement en containers, la remise en état de la parcelle d’accueil et le départ de la salle en bois vers l’Empire du Milieu constituent enfin une opération d’importance. Mais c’est surtout la quarantaine d’équipes d’artisans à l’œuvre (plâtriers, tapissiers, doreurs, peintres, menuisiers, brodeurs, stucateurs, sculpteurs…), la conception, l’organisation et la réalisation du grand chantier qui ont été le fer de lance de l’aventure architecturale.

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Agrandi de 1000 m2, transformé, restauré et adapté aux besoins techniques et sécuritaires d’une institution lyrique du XXIe siècle, le Grand Théâtre se voit aujourd’hui doté d’espaces publics modernisés, d’une nouvelle cuisine, de bureaux actualisés, de trois salles de répétition souterraines inédites, avec éclairage zénithal à travers des pavés de verre installés sur le boulevard du Théâtre. Du sous-sol au dernier niveau, les nouveautés se déclinent maintenant sur un étage supplémentaire gagné entre le toit et le sommet de la voûte de la salle de spectacle, pour installer une grande salle de réunion.

Etonnements à vivre

Jacques-Elisée Goss, qui avait réalisé l’édifice inauguré en 1879, serait étonné de certaines audaces gagnées sous terre ainsi que du design ou de l’esthétique très actuelle des différents bars notamment. Mais il serait certainement ravi des anciens décors redécouverts, des fresques rafraîchies, des foyers étincelants et des couleurs, des matériaux et parquets d’origine remis en valeur.

Les étonnements restent maintenant à vivre. Après le passage des lourdes portes en bois qui remplacent les précédentes parois de verre et assombrissent l’entrée, on pourra s’attarder sur les murs et plafonds rendus à leur foisonnement marbré initial, que des panneaux peints occultaient.

Illumination giratoire de galaxie

Le formidable bar de 27 mètres de long en sous-sol ou le ciel finement étoilé de celui de l’amphithéâtre impressionnent. Et la fameuse voûte céleste de la salle de spectacle émerveille. L’originale «Voie lactée» de Jacek Stryjenski a en effet été équipée de leds permettant une illumination giratoire de galaxie. Quant à la mue du foyer Rath rendu à ses tonalités premières, elle donne le sentiment de visiter un monument à la fois connu et inattendu. La musique, elle, demeure inaltérable.


Des chiffres et des dates

1879 Inauguration du bâtiment conçu par Jacques-Elisée Goss avec le «Guillaume Tell» de Rossini.

1905-1913 Travaux pour remplacer le gaz par l’électricité.

1951 Incendie du bâtiment pendant le 3e acte de «La Walkyrie» de Wagner.

1958 Début des travaux de reconstruction par Charles Schapfer et Marcello Zavelani-Rossi, qui conçoivent une nouvelle salle, «à l’allemande», et une très importante cage de scène (environ 26 millions de francs de subventions publiques).

1962 Réouverture avec «Don Carlo» de Verdi.

1997-1998 Réfection de la cage de scène et des espaces publics (environ 14 millions). Transformation du Bâtiment des forces motrices financée par Guy Demole, avec un déménagement du Grand Théâtre sur le fil du Rhône pendant une saison.

2002-2003 Réfection des dessous de scène (environ 6 millions de francs).

2016 Début des travaux de rénovation (environ 70 millions de francs). Déménagement à l’Opéra des Nations pour trois saisons (environ 11 millions de francs issus de donations privées, dont 600 000 francs de parrainage des sièges).

2019 Réouverture avec «Das Rheingold» de Wagner.


Une directrice pour sept directeurs

1962-1965 Marcel Lamy

1965-1973 Herbert Graf

1973-1980 Jean-Claude Riber

1980-1995 Hugues Gall

1995-2001 Renée Auphan

2001-2009 Jean-Marie Blanchard

2009-2019 Tobias Richter

2019 Aviel Cahn (à partir du 1er juillet)

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