C'est un projet d'une ampleur sans précédent. Le Grand Théâtre de Genève largue les amarres, le vaisseau lyrique part en mars pour une tournée au Mexique.

Non seulement la troupe de ballet s'expatrie, mais aussi un pan de l'opéra, avec deux productions pour chaque domaine. Une tournée qui a tout l'air d'une mission diplomatique, d'autant que divers organismes fédéraux et cantonaux financent massivement l'opération.

Le Festival del Centro Histórico de México est un phare culturel en Amérique latine. «Nous serons le noyau du festival, a déclaré hier la directrice artistique Renée Auphan. Le Grand Théâtre de Genève est considéré comme l'hôte d'honneur qui fait la soirée d'ouverture, le 6 mars, avec la création américaine de l'opéra Scourge of Haycinths de Tania Léon.» L'ouvrage avait fait sensation lors de sa création en janvier 1999, au Bâtiment des Forces Motrices de Genève. Un succès d'autant plus marquant qu'il s'agissait d'une œuvre récente, composée en 1994 par une compositrice cubaine, d'après un livret du Nigérien Wole Soyinka.

«Cet opéra a eu un gros impact parmi les Cubains qui en ont parlé à la directrice du Festival de México, raconte Marcel Quillévéré, bras droit de Renée Auphan. C'est pourquoi elle a voulu le produire dans son pays.» Mais ce n'est pas tout.

Parallèlement, le Grand Théâtre ressuscite en avril 1999 La Púrpura de la Rosa, premier opéra composé dans les Amériques, avec Gabriel Garrido dans la fosse. Porte-parole du sponsor principal, Charlotte Leber invitait alors la directrice du Festival de México à assister à la première. «Elle a beaucoup aimé cette production. Du coup, Mediha Martínez a commandé les deux opéras pour son pays.» Et voilà comment le projet est né, autour d'un échange culturel entre la Suisse et le Mexique.

Mais comment trouver les sous? «J'ai rencontré l'ambassadeur de Suisse au Mexique, j'ai été frappé par sa volonté», commente Marcel Quillévéré. Peu à peu, les pouvoirs publics se mobilisent, ils se disent que c'est l'occasion idéale pour promouvoir une image différente de la nation. «Pour une fois, la Suisse présente deux ouvrages qui sont des créations, et non un répertoire traditionnel», a commenté hier Pierre Skrebers, conseiller culturel pour l'art musical à la Ville de Genève. Les Conseils municipal et administratif de la ville ont octroyé une subvention extraordinaire pour financer le personnel remplaçant les techniciens en tournée. De son côté, Présence Suisse met 100 000 francs pour la réfection des décors, costumes et accessoires des deux productions lyriques, ainsi qu'une couverture de déficit de 50 000 francs sur le fret maritime des décors.

Autre acteur culturel, Pro Helvetia accorde également 100 000 francs qui iront à la danse et au spectacle de Gabriel Garrido. «Depuis des années, cet organisme soutient le ballet du Grand Théâtre», explique Marcel Quillévéré.

La troupe du Grand Théâtre dansera Dolce Vita, spectacle créé ce soir à Genève, et Le Sacre du Printemps de Stravinsky, chorégraphié par John Neumeier. Evénement d'autant plus attendu qu'il aura lieu au cœur de Mexico, sur le Zócalo, en face de la Cathédrale.

«Nous n'avons pas prélevé un sou dans notre budget habituel», a précisé hier Renée Auphan. En effet, le rythme des spectacles continue à Genève comme en temps normal.

Mais les distributions changent: Gabriel Garrido devra initier cinq des chanteurs solistes principaux et les 22 solistes du madrigal – tous mexicains! – au style baroque.