La prochaine saison du Grand Théâtre s’annonce très fournie, sur un seul lieu. Scindée en deux pour cette année de déménagement, la programmation actuelle a permis au public d’apprivoiser le nouvel espace d’accueil de l’Opéra des Nations.

Réussite saluée de toutes parts: la scène éphémère en bois rachetée à la Comédie française pendant le temps des travaux à la Place Neuve remplit parfaitement son rôle. Les récentes productions d’Alcina et du Médecin malgré lui ont «essuyé les copeaux» avec panache. Et les équipes ont réalisé un travail titanesque pour parvenir à ouvrir à temps la nouvelles scène de la rive droite.

Une aide vitale

Pour la période lyrique à venir, l’abondance et la séduction des projets contredisent une perspective financière incertaine. Ainsi, suite à la remise en question d’une subvention du Canton, qui prévoyait de compenser graduellement sur trois ans le déficit structurel de la maison (les 3 millions annuellement puisés dans les recettes propres devraient servir à financer la production artistique), tous rappellent que cette aide est vitale pour l’institution.

Sami Kanaan, en charge de la culture et des sports de la Ville, a insisté sur le fait que la remise en cause de ce soutien serait très préjudiciable à l’institution. Et il s’étonne que l’intérêt du Canton soir fort pour le Grand Théâtre, alors même qu’il ne semble pas prêt à voter une loi sur des accords préalablement approuvés.

La présidente de la fondation, Lorella Bertani, souligne que « la plus grande scène culturelle romande ne bénéficie pas de subvention de l’Etat alors que 36% du public vient de Genève, le reste provenant du Canton, des régions plus ou moins lointaines, des communes voisines ou de la France proche. D’autre part la gestion s’avère particulièrement rigoureuse car depuis deux saisons nous clôturons avec un excédent. Enfin le taux de remplissage de 85 % et la fréquentation de 108 000 spectateurs sur la saison 2014-2015 prouvent que l’institution rencontre son public et que son budget est très sain.»

De son côté, Tobias Richter avance droit. «Nous avons deux projets pour enfants, complètement prêts (La reprise du Chat Botté et la création de Pierre et le Loup, sous la direction de Philippe Béran). Mais leur financement n’est pas encore sûr à cause de cette situation, explique le directeur du Grand Théâtre. Nous les avons donc programmés et annoncés en tant que «projets», en pensant que la situation s’éclaircira positivement».

Les jeunes bénéficieront encore de deux rendez-vous: la reprise de la Vie de Bohème avec piano mise en scène par Christoph Loy et le ballet de Laura Scozzi, Barbe-Neige et les sept petits cochons au Bois dormant, qui vient d’être remplacé ce mois-ci par Street Dance Club d’Andrew Skeels.

Luxe de propositions

Sur le plan lyrique, il y a de quoi se réjouir du luxe de propositions. L’entrée de saison promet: Manon de Massenet, coproduite avec l’Opéra comique parisien, sera mise en scène par Olivier Py avec Patricia Petibon dans le rôle-titre. Au plan des raretés, Der Vampyr d’Heinrich Marschner, contemporain de Wagner, fera son apparition sur la scène genevoise sous la baguette de Dmitri Jurowski, dans une mise en scène coproduite avec Berlin et signée Antù Romero Nunes. La production, très originale, s’annonce saignante…

Dans le lot des spectacles invités, Wozzeck de Berg constituera le versant le plus moderne de la saison. Venue de Chicago, l’oeuvre mise en scène par David McVicar sera dirigée par un jeune chef suisse nouveau venu à Genève: Stefan Blunier. Quant à Norma de Bellini, c’est une production de Stuttgart que John Fiore dirigera dans une scénographie de Jossi Wieler et Sergio Morabito.

Restent trois spectacles purement maison: La Bohème de Puccini s’installe pour les fêtes et Cosi fan Tutte de Mozart sera relu par David Bösch (auquel on doit l’Alcina d’ouverture de l’ODN) avec Harmut Henschen à la baguette. Seul ouvrage baroque, Il Giasone de Cavalli, a été confié à Leonardo Garcia-Alarcon, qui a revu la partition, et la metteuse en scène Serena Sinigaglia qui portera l’histoire de l’infidèle époux de Médée sur scène.

Pour la version de concert en coproduction avec l’OSR, c’est la rare Jeanne d’Arc de Tchaikovski  (Orleanskaya Deva) qui a été élue, sous la direction de Dmitri Jurowski.

Avec six récitals (les barytons Thomas Hampson et Christian Gerhaher, les sopranos Camilla Nylund, Karita Mattila, Patricia Petibon et le ténor John Osborn avec la soprano Lynette Tapia), deux concerts exceptionnels (Le baryton-basse Erwin Schrott dans un programme à sept instruments intitulé Rojotango et la célèbre mezzo Joyce DiDonato en compagnie d’un orchestre non encore défini), deux opéras-concert (The Indian Queen de Purcell avec Teodor Currentzis et son ensemble MusicaAeterna) et Manon Lescaut de Puccini en version de concert par Gianandrea Noseda et son orchestre de Turin) ainsi que deux «jeudis du choeur» maison, on peut dire que l’art vocal sera très richement représenté.


Le Ballet en beauté

Trois spectacles dansés: la saison chorégraphique ne baisse pas les bras entre son offre genevoise et ses tournées internationales incessantes. Le retour de Jeroen Verbruggen est attendu. Son magnifique Casse-Noisette repris par la Chaîne Mezzo pour les vingt ans de sa création avait enchanté. Le chorégraphe belge plongera cette fois dans l’univers de la musique ancienne avec une création mondiale. Ba/Rock s’appuie sur des musiques de Scarlatti et Couperin au piano, et des extraits de Rameau orchestrés par le chef français Marc Minkowski.

Autre monde: Martin Schläpfer embrassera le puissant Deutsches Requiem de Brahms avec son Ballett am Rhein de Düsseldorf-Duisburg. Issu de la danse classique, le langage du Suisse se singularise dans une modernité bien assimilée. Enfin, C’est vers Bach et sa monumentale Passion selon Saint Matthieu que le Suédois Pontus Lidberg s’est tourné pour créer Une Autre Passion. Son écriture gestuelle toute en retenue, réserve et suggestion offrira sans doute une dimension intériorisée d’une des plus belles pièces religieuses du répertoire choral.


Renseignements: www.geneveopera.ch, 022 322 50 50