A l'heure où, en France, la période des festivals de l'été commence dans un indescriptible chaos social, touristes et consommateurs de culture plus pointue se rabattront peut-être sur les grandes expositions qui agrémentent chaque année la belle saison, en Europe ou ailleurs: le programme est copieux, nous vous en proposons une sélection, soit une quarantaine d'accrochages qui méritent largement le détour au gré de pérégrinations proches, ou plus lointaines.

Louise Bourgeois à Berlin, Brel à Bruxelles, Le Titien à Madrid, les Russes à Saint-Paul-de-Vence, Warhol à Monaco, Klee à Berne ou Van Gogh à Amsterdam. Entre des dizaines d'autres. Il y a là de quoi apaiser les soifs les plus inextinguibles jusqu'à l'automne.

Voilà pour les expositions dites «grand public», qui ont un impact énorme, mais qui sont, on l'oublie parfois, aussi soumises à des réalités plus prosaïques, surtout économiques. Ce type de manifestations contribue à combler une partie des déficits d'accrochages plus spécialisés, qui ne trouvent pas de sponsors ou de mécènes. Et qui souffrent, depuis la récente explosion des prix sur le marché de l'art, de polices d'assurance aux tarifs quasi prohibitifs sur les risques que représentent les œuvres exposées.

Pour s'en tirer financièrement sur ce créneau économique, musées subventionnés et privés ont été contraints d'adopter des logiques d'entreprise qui dépassent maintenant très largement le pur plaisir esthétique. Car elles se doivent d'intégrer des politiques de marketing calculées sur le fil et soigneusement pensées. C'est la raison pour laquelle les files d'attente ne cessent d'augmenter à l'entrée des grandes manifestations à la descente des autocars affrétés par les agences de voyage. C'est aussi la raison pour laquelle les puristes reprochent aux grandes institutions de dériver vers du purement commercial.

Quoi qu'il en soit (le consommateur conserve son libre arbitre), les commissaires d'expositions n'avaient plus le choix: ils ont dû accepter, au fil des années, de s'adapter au marché. Soit de suspendre plus souvent qu'auparavant leur casquette de chercheurs ou d'historiens d'art au crochet pour enfiler, comme des centaines d'autres patrons d'entreprise, le complet-veston du producteur culturel. Un habit provisoire qui ne fait pas toujours forcément le moine, comme en témoignent les gouffres financiers dans lesquels chutent parfois les expositions organisées par de mauvais managers.