«Au royaume du mythe et de la magie», les petites huiles sur papier ou les grandes gravures sur bois de François Burland reflètent les ombres de danses sauvages, la silhouette de tyrannosaures, les creux et les reliefs de jardins mystérieux. L'œuvre de l'artiste lausannois fait l'objet d'une vaste opération, composée de cinq expositions. Outre la présentation dans une salle du Musée d'art et d'histoire de Fribourg, qui permet d'accrocher jusqu'aux papiers les plus monumentaux, on aura vu ses travaux à l'Espace Saint-François et dans l'atelier Raynald Métraux à Lausanne (jusqu'au 1er juillet), dans une galerie à Berne et au Museum im Lagerhaus, fondation pour l'art naïf et l'art brut, à Saint-Gall (jusqu'au 9 juillet).

Mais François Burland est-il bien un créateur de la «neuve invention»? Certes, il pratique en autodidacte, cependant son travail se situe en adéquation avec la scène artistique actuelle et il n'est pas sûr que le fait de se voir représenté dans des collections d'art brut (certaines de ses productions figurent notamment dans celle de Lausanne) apporte à la lisibilité de son œuvre. Une œuvre en devenir, une œuvre qui grandit et qui mûrit, ce qui n'est en général pas le cas pour les créateurs de l'art brut.

Une inspiration populaire

L'exposition de Fribourg atteste cette évolution. On y trouve quelques-uns des premiers dessins à la craie sur du papier froissé, aux bords tailladés, datés du milieu des années 1980, une Poya de 1995, qui manifeste une inspiration populaire, de magnifiques panoramas réalisés à l'aide de craies de couleurs, si bien frottées sur le papier qu'il en acquiert une patine brillante, tels que L'âme des guerriers (2003) ou Le Miroir des âmes simples et anéanties (2005), qui évoquent l'art de Louis Soutter.

Les Jardins de petit format, qui rappellent les dessins de Victor Hugo, contrastent avec les impressionnantes gravures, sur linoléum ou sur bois, dont les feuilles imprimées séparément sont intimement soudées, de manière à atteindre le format de trois mètres sur six ou même sur neuf. Des «géants noirs» s'y profilent à la manière des guerriers sur les vases grecs, ou des dieux. Car le sens profond, assumé, de cette œuvre est une sorte de prière aux forces invisibles.

Musée d'art et d'histoire (rue de Morat 12, Fribourg, tél. 026/305 51 40). Ma-di 11-18h (je 20h). Jusqu'au 30 juillet.