C’est une alliance de cœur. Si Renaud Capuçon a invité Tugan Sokhiev dans son festival d’Aix en Provence, c’est, comme toujours, par affinités. Artistiques, mais aussi humaines. Cela se sent de la première à la dernière note de «Gedicht des Malers» (Poème du peintre) pour violon et orchestre de Wolfgang Rihm, donné en création française vendredi au Grand théâtre de Provence.

Plus concerto grosso, voire symphonie concertante, que concerto traditionnel, la pièce en un mouvement déroule ses chants sans interruption, sur un orchestre au tissage raffiné. C’est peu dire que le soliste porte la partition, exigeante, à bout d’archet. Et c’est peu dire qu’en eaux contemporaines, Renaud Capuçon évolue comme un poisson. Son appétit de nouveauté et de contact avec les musiciens, mais aussi avec les compositeurs, est sa signature. Chaque année, il commande une œuvre qu’il crée à Aix. L’an passé c’était une pièce pour violon seul de Bruno Mantovani.

Cette fois, l’orchestre est entré avec lui dans la ronde. Un mouvement où le musicien donne le meilleur et peut libérer son énergie et sa personnalité. L’œuvre, très lyrique et vitale, lui convient bien. Des tensions dans l’aigu aux rugosités des graves, le discours incessant se développe sur une pureté sonore et une souplesse mélodique remarquables. Avec un accompagnement attentif et sensible de l’orchestre du Capitole de Toulouse.

La qualité technique et musicale de la phalange s’est envolée sous la baguette de Tugan Sokhiev. Sept ans de fréquentation avec ce chef surdoué, cela se sent. Parce que le jeune Russe entend tout, tire les lignes de fond et les dégage magnifiquement en surface. Parce qu’il débusque le son, provoque l’écoute entre les pupitres, équilibre les plans et tend magistralement les ressorts internes des partitions.

Après «Les Hébrides ou la grotte de Fingal» de Mendelssohn, plongées dans un bain sonore enrobant, la «4e Symphonie de Tchaïkovski» impressionne. Tornades, incendies et nostalgies poignantes au menu. L’éclat n’est jamais criard ou dur. La virulence orchestrale, compacte et maîtrisée de bout en bout, s’appuie sur des chefs de pupitres mis en valeur avec sensibilité (la clarinette!...). Révélé dans des couleurs de masse sanguines et chaudes, ou des solos arachnéens posés sur des basses profondes, Tchaïkovski a trouvé lui aussi, un peintre à sa mesure. Immense et fin.