Grandeur et cadence allegro de la petite forme aixoise

Classique Après les débordements d’«Aix en juin», «Alcina» de Haendel inaugure ce soir la partie lyrique du festival

Bien sûr, les grands sont là. Quatre cette année. Equitablement répartis sur les scènes de l’Archevêché et du Grand Théâtre de Provence, Alcina de Haendel , L’Enlèvement au sérail de Mozart , Le Songe d’une nuit d’été de Britten et le duo Iolanta/Perséphone de Tchaïkovsky et Stravinsky incarnent cet été le prestige lyrique du Festival d’Aix-en-Provence. Des rendez-vous très courus où un public, souvent venu de loin, se presse malgré le tarif rafraîchissant des places les plus chères (autour de 200 euros).

Mais un phénomène récent se développe à la vitesse du bouche-à-oreille. Les concerts de l’académie, les masterclasses et autres journées ou soirées dévolues à la jeunesse et aux publics extra-classique explosent pendant le mois qui précède l’ouverture. De nouveaux spectateurs emplissent les rues. Munis d’un pass à 15 euros, d’un billet à 5 euros ou gratuit en dessous de 30 ans, ils n’hésitent pas à patienter une heure et demi sur les calades, en plein «cagnard».

Certains ne viennent que pour assister aux abondantes propositions musicales avant l’ouverture lyrique début juillet. «Aix en juin» fait un tabac. «Nous sommes victimes de ce succès, car il faut malheureusement refuser du monde. Et cela engendre des déceptions», avoue Alain Perroux, conseiller artistique du festival.

Des lettres de noblesse

Le Genevois, qui fut dramaturge au Grand Théâtre, et dont les mises en scène, présentations d’opéras et livres musicaux enchantent les mélomanes, se félicite aussi du succès grandissant des œuvres lyriques de plus petites dimensions, et des ouvrages contemporains qui rythment la saison. Cette signature artistique, développée par le directeur Bernard Foccroulle sur la lancée de Stéphane Lissner, personnalise désormais Aix-en-Provence au même titre que Mozart ou les grands titres du répertoire.

Depuis la rénovation en 2000 du Théâtre du Jeu de Paume, l’apport de la scène champêtre du Grand Saint-Jean (actuellement en travaux) et l’inauguration récente de la salle du Conservatoire Darius Milhaud, les opéras de chambre et la musique d’aujourd’hui ont pu s’installer en terres mozartiennes. La «petite forme» a gagné des titres de noblesse aujourd’hui indiscutables.

Comment oublier les Winterreise de Matthias Goerne animés par les magnifiques vidéos de William Kentridge ou Trauernacht sur des Cantates de Bach mises en scène par Katie Mitchell l’an passé? Ces spectacles tournent glorieusement dans le monde. «Il est très stimulant d’élargir le rayonnement de l’opéra, non seulement en attirant le public dans les salles, mais en allant à sa rencontre», rappelle Alain Perroux.

«C’est l’avantage des structures légères, faciles à déplacer dans des espaces sans fosse qui ne sont pas prévus pour le lyrique. L’Enfant et les sortilèges de Ravel pour piano à quatre mains, violoncelle et flûte a ainsi beaucoup voyagé lui aussi. Les conservatoires, écoles, salles de musique ou espaces publics divers peuvent accueillir de tels ouvrages. En Europe mais aussi au Maroc, ou en Asie…» Une diffusion qui attise les vocations et les désirs, et crée des passerelles entre les cultures.

L’effet épidermique du chant

Cette année, la création européenne de Svadba-Mariage de la compositrice serbo-canadienne Ana Sokolovic représente le plus «singulier» des rendez-vous intimistes. Grâce à la partition qui fait appel à six voix de femmes a cappella, on touche directement à «l’effet épidermique du chant, sans l’artifice instrumental. Le traitement des couleurs, des résonances, de l’harmonie vocale et des jeux de bouche est à la fois ludique et intemporel, mais dans l’écho de la tradition. Le rire y côtoie les larmes, la mélancolie et la tendresse.»

Quel lien avec l’opéra pour tous Le Monstre du labyrinthe de Jonathan Dove, qui requiert 300 choristes amateurs (de 6 ans à l’âge adulte) placés sous la direction du grand Simon Rattle? «L’intensité de la charge émotionnelle», répond Alain Perroux. Ce grand-petit projet met en jeu la Philharmonie de Berlin et le London Symphony Orchestra dans une co-commande avec Aix, en trois productions adaptées dans les différents lieux et langues.

Reste Be with me now , résultat de la collaboration des 13 partenaires du réseau ENOA (European Network of Opera Academies) créé il y a cinq ans par Bernard Foccroulle. Cinq chanteurs et quatre musiciens issus d’académies du groupe se lanceront dans une quête amoureuse à travers un collage-montage d’extraits d’opéras du répertoire mais aussi de petites créations. Fédérer, toujours, et innover… Festival d’Aix-en-Provence du 2 au 21 juillet. Rens. +33 434 08 02 17, www.festival-aix.com