Classique

Grandiose «Shéhérazade» à Verbier

Très attendu, le chef russe Valery Gergiev, nouveau directeur du Verbier Festival Orchestra, a fait corps avec ses jeunes musiciens dans la suite symphonique de Rimski-Korsakov jeudi soir à l’ouverture

Beau temps, aucune menace orageuse: les conditions étaient optimales pour le concert d’ouverture du Verbier Festival jeudi soir. Un festival qui célèbre ses 25 ans cet été avec des stars de la planète classique comme Valery Gergiev. Sous la direction du chef russe, les musiciens du Verbier Festival Orchestra se sont dépassés dans Shéhérazade de Rimski-Korsakov en seconde partie.

Le chef russe exerce une emprise sur les musiciens – une emprise positive – par son regard hypnotique. L’extraordinaire pulsation rythmique, sa manière d’employer un rubato très ample tout en restant ferme, cette espèce de fièvre animale qu’il dégage, le frémissement des mains, qui s’ouvrent et se referment en éventail, créent une fusion organique d’un bout à l’autre.

La grande fresque orientalisante de Rimski-Korsakov est une gageure pour l’orchestre. Elle met en valeur tous les pupitres, avec de nombreux solos confiés aux cordes, aux bois et aux cuivres. Il faut des musiciens capables à la fois de se distinguer lorsqu’ils interviennent pour des parties solistes et de rester parfaitement soudés.

Solos inspirés aux vents

Valery Gergiev peut se reposer sur un Konzertmeister de premier ordre. Le violoniste américain Daniel Cho, 24 ans, se montre très musicien: il intervient à plusieurs reprises pour énoncer le thème principal et ménager de subtiles transitions; la sonorité est ronde et chaude. La petite harmonie réunit des musiciens inspirés (clarinette, flûte, hautbois, basson) auxquels répond une excellente section de cuivres (avec un Genevois, Alexandre Mastrangelo, au trombone solo).

Shéhérazade conjugue intimité et grandiloquence à la russe. La merveilleuse page lyrique Le jeune prince et la princesse est interprétée avec finesse et volupté. D’un bout à l’autre de l’œuvre, il y a un flux organique qui vous transporte, entre textures soyeuses et puissantes montées de sève.

Grande pureté de style

Ce même concert débutait avec une œuvre du compositeur russe Rodion Chtchedrine, longtemps associé au festival. Le Diptyque symphonique (qui commence sur un ton de mystère) est une page habile et bien instrumentée qui s’inscrit dans le sillage de Prokofiev, Stravinski et Lutoslawski – et pourtant, elle ne laisse pas une impression très forte. Venaient ensuite trois jeunes solistes. Daniel Lozakovich, 17 ans, s’est emparé de l’Introduction et Rondo capriccioso de Saint-Saëns. S’il pourrait encore s’affirmer davantage, ce violoniste suédois – très jeune encore – joue avec une grande pureté de style.

Sonorités cristallines

La beauté du son, le sens de la ligne et l’absence de pathos, portés par une belle virtuosité, le distinguent d’autres interprètes soucieux de briller par narcissisme. On relève des décalages entre le soliste et l’orchestre (un accompagnement un peu sommaire, hélas) comme si le temps de répétition avait été insuffisant.

Le pianiste américain George Li, 22 ans, avait choisi le Concerto pour piano et orchestre No 1 en sol mineur op. 25 de Mendelssohn. Les doigts courent sur le clavier, les traits finement perlés, dans cette œuvre de jeunesse que celui-ci aborde sous son versant virtuose. On relève quelques coquetteries et un côté un peu extérieur dans le jeu, mais George Li développe par ailleurs des sonorités cristallines et gracieuses dans le mouvement central.
La soprano Pretty Yende clôturait la première partie sur l’air Glitter and be gay de l’opérette Candide de Bernstein. On songe à Jessye Norman pour l’opulence du timbre (cette nostalgie dans la première section de l’air) dans un morceau qui réclamerait une voix un peu plus légère et aérienne. Une soirée qui place la barre très haut pour la suite du festival.


25e Verbier Festival. Jusqu’au 5 août.

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