Le générique de début affiche les photos du bon vieux temps: une Amérique rurale, immense, paisible et généreuse. Le rythme s’accélère au fil des décennies. Voici des puits de pétrole, des productions industrielles, des autoroutes tentaculaires, des monceaux de détritus, des populations pléthoriques, des cours d’eau agonisant… Ces désastres mènent à New York, en 2022. Cette mégapole de 44 millions d’habitants suffoque sous l’effet de serre. Si les nantis disposent encore d’appartement de luxe, avec eau courante et esclave sexuelle, les miséreux s’entassent dans les rues, dormant à même les escaliers.

Thorn (Charlton Heston), un flic coriace, enquête sur l’assassinat d’un riche magnat. Ses prérogatives lui permettent d’empocher tout ce qu’il peut – savon, whisky, tomates et même, luxe inouï, une entrecôte de bœuf! Il partage son butin avec le vieux Sol, son documentaliste, qui a connu l’époque d’avant, quand la Terre était vivante et les aliments goûteux. La population subsiste grâce aux tablettes de Soylent vert. L’enquête Thorn révèle que cet aliment n’est pas à base de plancton, mais fait avec des cadavres humains… Ayant épuisé toutes ses ressources, la société en est réduite au cannibalisme.

Sorti en 1973, Soleil vert est le premier film à dénoncer la responsabilité humaine dans l’avènement de la catastrophe. Il ose même pointer la surpopulation, ce problème qu’aucune autorité n’évoque de peur de passer pour génocidaire. Lorsque éclatent des émeutes de la faim, la police envoie des «dégageuses» contre les protestataires: ces pelles mécaniques ramassent par douzaines les affamés et les déversent pêle-mêle dans leur benne. Départ pour l’usine de conditionnement… Evacué sur une civière, Thorn lève son poing ensanglanté pour appeler à la révolte. Puis le générique de fin fait défiler ces paysages magnifiques de la Terre d’avant que le Centre d’euthanasie montre aux candidats à la mort douce.


Soleil vert (Soylent Green), de Richard Fleischer, avec Charlton Heston, Edward G. Robinson, 1h37. Disponible en DVD.