Parfum de campagne, mardi soir à la Comédie de Genève. Avec sur l’estrade, chacun sur un strapontin, huit candidats au Conseil d’Etat, chiffonnés comme avant une interro surprise. Thème de l’examen: «Vos vues pour la Culture.» Certains sont préparés: Charles Beer, chemise blanche à col dissipé, maîtrise son dossier. Normal, la Culture fait partie de ses attributions, en tant que responsable de l’Instruction publique. David Hiler – tiens, col blanc éventé lui aussi – a la moue lasse du premier de peloton. Vingt mille bulletins déposés à votre nom, lors des élections au Grand Conseil, ça vous assoit un homme.

Et puis il y a ceux qui misent sur le métier, Pierre-François Unger, cravate saumon, par exemple. D’autres sur une fougue d’automne, comme la libérale Isabel Rochat qui, s’emballant, déclarera: «La Culture, c’est fantastique!»

Rien d’aisé dans cet oral. Dans le foyer, une centaine de professionnels, musiciens, animateurs, acteurs, écoutent, l’oreille sifflante. En maîtresse de cérémonie, Isabelle Mili interroge les postulants. Qu’ont dit alors les candidats pendant les deux heures de débat? Ce qu’une partie du milieu culturel représenté par le RAAC – Rassemblement des artistes et des acteurs de la culture qui organisait la rencontre – pense.

«Prise d’otage»

En substance: «Mettons sur pied enfin une politique cantonale pour les grands projets, du type de la nouvelle Comédie, sinon, ils ne verront pas le jour.» Le drame de Genève est là, a déploré François Longchamp: «Depuis le Musée d’Histoire naturelle, il y a quarante ans, aucun équipement culturel d’envergure n’est né à l’initiative des collectivités publiques.» Charles Beer a rappelé sa proposition de créer un vrai Département de la culture à l’échelle cantonale – un ministre, donc, qui serait le garant de l’intérêt régional. «Trop souvent, les enjeux culturels sont pris en otage.»

Etat d’un côté. Communes de l’autre. On connaît la chanson. Et les conséquences du hiatus: la nouvelle Comédie, qui a fait l’objet d’un concours architectural, à l’initiative de la Ville – l’annonce du résultat est pour lundi – ne risque-t-elle pas de passer à la trappe faute de consensus?

En épilogue, Isabelle Mili a demandé à chacun de répondre par «oui» ou «non» à une question. «Pensez-vous que l’audience d’un artiste est un critère dans l’octroi des subventions?» Presque tous ont lâché: «Non.» Sauf Pierre-François Unger et David Hiler. Fort de son coussin de voix, ce dernier peut se permettre de déplaire. La politique, c’est une histoire de rapport de forces. Le même Hiler glissa dans la conversation que la part de la Culture dans le budget de l’Etat était de 0,7%.