OURANG-OUTANG ou ORANG-OUTANG, (R), Hist. Nat. Ce nom, qui dans la langue indienne signifie homme sauvage, est donné aux deux especes de singes, qui ressemblent le plus à l'homme, et qui par conséquent méritent le plus d'être observés. La premiere, qui seroit la plus remarquable et la plus intéressante par sa grandeur, par sa ressemblance avec l'homme dans la figure, le port et la plûpart des facultés corporelles, n'est connue que par les rapports peu exacts des voyageurs, ou par des descriptions imparfaites de naturalistes qui n'ont pas bien observé, ou qui n'ont pas été à portée d'observer comme il faut. C'est elle qui porte plus proprement le nom d'orang-outang dans les Indes orientales: à Congo on lui donne celui de pongo, adopté par M. de Buffon; plusieurs voyageurs l'appellent barris, et les Anglois drill. L'autre espece, appellée à Congo enjocko, dont M. de Buffon a fait jocko, en Guinée baris, et ailleurs chimpanzée, est plus petite et mieux connue. M. de Buffon pense que le pongo et le jocko ne sont que deux variétés d'une même espece, dont la principale différence consiste dans la grandeur.

Voici les caracteres communs à l'un et à l'autre. Ils marchent debout sur deux pieds, et se servent de leurs mains comme l'homme: ils n'ont ni abajoues, ni queue, ni callosités sur les fesses, qui sont comme dans l'homme renflées et charnues: ils ont la face platte, nue et basanée, toutes les dents et même les canines semblables à celles de l'homme; les oreilles, les mains, les pieds, la poitrine et le ventre nuds; la tête couverte de cheveux qui descendent des deux côtés des tempes, du poil sur le dos et sur les lombes, mais en petite quantité. Voy. la figure du jocko, PL. d'Hist. nat. fig. I. Ces animaux si ressemblans à l'homme par les traits que nous venons d'indiquer, en different cependant, quant à la structure, par le nez, qui n'est pas proéminent, par le front trop court, le menton non relevé à sa base, les oreilles proportionnellement trop grandes, les yeux trop voisins l'un de l'autre, l'intervalle entre le nez et la bouche trop étendu, les bras trop longs, les cuisses rélativement trop longues, la paume des mains trop longue, les pieds plutôt faits comme des mains: point de frein au prépuce. On peut voir dans l'ouvrage de M. de Buffon les différences intérieures. Voyez Hist. nat. t. XV.

Selon ce que les voyageurs ont dit de plus précis au sujet de pongo ou grand ourang-outang; il a la taille d'un homme pour le moins, la démarche grave, beaucoup de force, d'agilité et d'industrie. Bontius dit avoir vu avec admiration à Java un de ces animaux, et rapporte que cet outang-outang, qui étoit une femelle, montroit toutes les marques de la pudeur. D'autres voyageurs disent que les pongos se font des huttes avec des branches d'arbres, se défendent et se battent à coups de bâton, attaquent même les éléphans, viennent s'asseoir autour du feu quand les negres en font dans les bois; que lorsqu'un d'eux meurt, les autres couvrent son cadavre de feuillages; qu'ils sont passionnés pour les femmes, et enlevent quelquefois des negresses, etc.

Si l'on peut soupçonner plusieurs de ces faits d'être au-moins exagérés, ils paroîtront plus vraisemblables, après ce que M. de Buffon a observé à l'égard d'un jocko. Cet animal n'avoit que 30 pouces; mais M. de Buffon conjecture qu'il seroit devenu plus grand. Il marchoit toujours debout, même en portant des choses lourdes. Son air étoit assez triste, sa démarche grave, ses mouvemens mesurés, son naturel doux et docile: pour le faire agir, le signe et la parole suffisoient: il présentoit la main pour reconduire les personnes qui le venoient voir, se promenoit avec eux. M. de Buffon l'a vu s'asseoir à table, déployer la serviette, s'en essuyer les levres, se servir de la cuiller et de la fourchette pour porter à sa bouche, verser lui-même sa boisson dans un verre, le choquer lorsqu'il y étoit invité, etc. Il ne faisoit de mal à personne, s'approchoit avec circonspection, et se présentoit comme pour demander des caresses. Voyez Buff. ubi sup. Il seroit trop long de rapporter ici tous les traits d'industrie, et en quelque sorte d'intelligence que présentent les rélations des voyageurs au sujet des ourangs-outangs: vaste champ de réflexions pour l'homme. Combien petite seroit la distance de lui aux animaux, s'il n'étoit qu'un être physique!