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L'équipe qui gagne: Philippe Bernhard (g), Laurent Sacchi et Alexandre Hémardinquer (d). Ensemble, ils portent la Grange au lac vers un horizon radieux.
© FRANCK JUERY

Classique

La Grange au Lac investit les quatre saisons

La salle évianaise célèbre ses 25 ans avec de nouveaux projets. Le premier week-end de piano printanier vient de s’achever avant un rendez-vous de chant en automne et la création d’un orchestre

Il flotte un air de fête à la Grange au Lac. Il faut dire que le printemps est particulièrement glorieux ce week-end pour inaugurer le dernier-né de l’Evian Resort: le «Printemps de la Grange». Bleu du ciel et du lac confondus, le nouveau rendez-vous festivalier consacré au piano est un succès que la météo clémente est venue bénir.

En trois jours, l’écrin de bois aux célèbres bouleaux et lustres de cristal n’a pas désempli. «La réputation des Rencontres musicales d’été a sûrement donné une visibilité à ce nouveau projet printanier», avoue le jeune directeur administratif Alexandre Hémardinquer. «Mais le piano à l’honneur, les artistes, le programme et l’ambiance particulière du site ont attisé la curiosité et le désir du public. De plus, le temps a été avec nous pour le quart de siècle de la salle, dont Grigory Sokolov a marqué le jour anniversaire en clôture de week-end.»

Un duo en symbiose

Après les réjouissances pianistiques, l’organisateur a le regard qui pétille. Comme son acolyte Philippe Bernhard, ex-premier violon du quatuor Modigliani passé à la direction artistique. Le duo de trentenaires fonctionne en symbiose. Et le président des lieux, Laurent Sacchi, se félicite de cette heureuse collaboration.
«Depuis la relance des Rencontres musicales en 2014 avec le quatuor Modigliani, les résultats ont dépassé les attentes. Le regain d’éclat de la manifestation historique et le talent des jeunes auxquels nous en avons confié la renaissance nous ont encouragés à initier d’autres aventures.»

La revitalisation du festival, créé en 1976 puis repris par Mstislav Rostropovitch en 1992 avant de renaître de ses cendres il y a quatre ans, a atteint son point d’équilibre financier. «La réputation, la crédibilité et le niveau artistique actuels attirent les plus grands musiciens et un public croissant. Cela nous a donné envie de créer un concept plus développé», souligne Laurent Sacchi.

Instruments qui portent loin

Quelles nouveautés pour marquer le quart de siècle de la salle? Une «saison festivalière» avec trois événements en plus des Rencontres musicales d’été et du récent rendez-vous de jazz hivernal. Il y aura dorénavant du piano au printemps, de la voix en automne et la création d’un orchestre: le Sinfonia Grange au Lac.

L’idée de «saisons musicales» s’est imposée comme une évidence. Pour l’équipe directionnelle, il s’agissait de mettre en valeur la beauté et les qualités de la salle sur le long terme. Et d’en faire le véritable centre de l’activité musicale régionale. «Nous avons inversé le sens programmatique initial», explique Alexandre Hémardinquer. «A l’origine, la Grange au Lac était une émanation des Rencontres, pour lesquelles elle avait été construite. Aujourd’hui, elle représente une structure musicale en soi. Une salle capable d’accueillir sur toute l’année les concerts de nos différents festivals, de la Maison des arts du Léman et de l’Orchestre des Pays de Savoie, qui sont partenaires.»

Ce renversement de paradigme a engendré des réflexions fertiles. Philippe Bernhard s’est attelé à leur donner corps. Pourquoi le piano et la voix? «Parce que les qualités acoustiques de la salle conviennent à ces instruments qui portent loin. Le piano y sonne bien et la voix peut y déployer sa dimension théâtrale, grâce aussi au décor naturel très spécifique de l’endroit.»

La création d’un orchestre symphonique est aussi le grand projet de l’ancien violoniste. «C’est un atout essentiel pour un festival renommé. L’orchestre me manquait en tant qu’auditeur, même si je suis quartettiste d’origine et que le quatuor tient une large part dans la programmation estivale.»

«Je voulais une formation d’excellence qui soit l’ambassadrice de la salle, véritable cœur musical d’Evian», poursuit-il. «Le Sinfonia portera donc le nom de la Grange au Lac, et sera constitué d’instrumentistes issus des plus grands orchestres internationaux (Berlin, Amsterdam, Vienne…). Je les ai choisis un à un. Il y en a cinquante-cinq, peut-être une dizaine de plus à l’avenir. Les réflexions abondent sur le futur de la phalange et des programmes, conçus en fonction des particularités du lieu.»

C’est Esa Pekka-Salonen qui dirigera le concert inaugural du 7 juillet. «Gustavo Dudamel, qui a apprécié de venir la saison passée, et qui reviendra la prochaine devant le Sinfonia, a convaincu son collègue», ajoute Philippe Bernhard. «Quand on connaît l’exigence et l’implication d’Esa Pekka-Salonen, c’est particulièrement gratifiant.»

Pour la partie lyrique, un projet fort se dessine encore du 23 au 26 octobre avec l’aide de Stéphane Lissner. Le directeur parisien propose la participation de l’Académie de l’Opéra de Paris dans des programmes d’airs, mis en espace ou non.

«J’ai été séduit par la jeunesse, l’énergie, le talent et l’intelligence de ces jeunes. J’ai eu envie de leur transmettre un peu de mon expérience», confie-t-il. «C’est une chance folle pour nous», rétorquent les comparses, «un genre de masterclass extraordinaire. Les musiciens en disposent, mais pas les organisateurs!»

De une à huit mains

En attendant, le premier cru pianistique qui vient de s’achever a donné le ton de ceux à venir. La pianiste Claire Désert adore la salle et son ambiance. «On ressent très fort la présence de Rostropovitch, dont on a le sentiment qu’il nous invite encore chez lui, dans sa datcha», confie-t-elle.

Samedi, la convivialité et la fraternité figuraient au menu. Claire Désert, Emmanuel Strosser, Frank Braley et Florent Boffard ont donné un concert joueur, de une à huit mains, sur un, puis deux pianos. Dimanche, ce fut le pari sur un talent montant avec l’énergique Anna Vinnitskaya en récital, avant une clôture d’exception où Grigory Sokolov a tendu un lien entre Haydn et Schubert. Un étourdissant feu d’artifice en noir et blanc.


Renseignements: www.lagrangeaulac.com

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