DVD

Les granges et les passions s’embrasent au fond du Mississippi

Dans «Les Feux de l’été», drame sudiste inspiré de William Faulkner, le réalisateur Martin Ritt révèle Paul Newman

Genre: DVD
Qui ? Martin Ritt (1958)
Titre: Les Feux de l’été
The Long, Hot Summer
Chez qui ? 21st Century Fox

Dans un bled du Mississippi, une grange est partie en fumée. Les soupçons se portent sur Ben Quick (Paul Newman), qui traîne une réputation d’incendiaire. Chassé de la ville, le bouseux débarque à Frenchman’s Bend. La ville est sous la coupe de Will Varner (Orson Welles). Ce magnat gras comme un cochon, venimeux comme un serpent, possède les terres, les métairies, les usines, les commerces et même la prison, «où l’on ne connaît pas les droits de l’homme». Le maître de la ville se double d’un tyran domestique qui se plaît à humilier ses enfants, Jody (Anthony Franciosa), un faible qui tremble devant son père, et Clara (Joanne Woodward), à la tête bien faite et au cœur à prendre.

Entre voyous, on se comprend. Le jeune Ben plaît au vieux Will. Il voit en lui l’étalon susceptible de lui donner de vigoureux petits-fils. La flamme du ruffian attire Clara, mais elle le repousse avec d’autant plus d’énergie qu’elle est amoureuse d’un aristocrate bien sous tous rapports. Malheureusement, ce gentleman n’éprouve aucun désir physique pour sa promise. La moiteur de l’été attise la sensualité de la jeune femme frustrée.

La grange qui brûle au générique de début inscrit d’emblée le film sous le signe du drame et de la passion. On sait que cet incendie en annonce fatalement d’autres. Comme celui qui dévore l’écurie de Will Varner. Le veule Jody a allumé le feu pour se débarrasser du père et faire porter le chapeau à Ben. Se ravisant, il délivre le patriarche honni. Alors, le despote s’émerveille de la grandeur de la haine et de l’amour qui ont mû ce fils jusqu’alors méprisé. Embrassade, rédemption. Sur ce, Clara se met à rire et répond enfin aux avances de Ben. Amoureux, réconcilié, tout ce beau monde rentre dans ce qui ressemble tout à coup à la maison du bonheur.

Ce happy end invraisemblable, ridicule, va à contresens du pessimisme viscéral de William Faulkner. Film rhapsodique, Les Feux de l’été emprunte des éléments à plusieurs nouvelles du Prix Nobel de littérature et donne l’impression d’additionner des scènes disparates. Hésitant entre le mélodrame flamboyant à la Vincente Minnelli et le drame familial à la Douglas Sirk, Martin Ritt mêle tragédie rurale, satire sociale, violence psychologique, sans négliger quelques intermèdes comiques.

Les jeunes Turcs de la Nouvelle Vague vomissaient Les Feux de l’été. Dans les Cahiers du cinéma, Claude Chabrol n’y voyait que «petitesse, grisaille et médiocrité». Il exagérait.

Car, malgré ses défauts, Les Feux de l’été s’avère captivant. Par la splendeur du technicolor. Par la qualité des dialogues et la justesse des personnages. Martin Ritt (L’Espion qui venait du froid, Traîtres sur commande, Norma Rae) confirme sa réputation d’excellent directeur d’acteurs.

Lee Remick, dans le rôle d’Eula, la femme futile de Jody, transpire le sexe. Affublé d’un faux nez et de bajoues maousses emplâtrées de fond de teint, Orson Welles, 43 ans, tient le rôle de Will Varner, 61 ans, dans un irrépressible élan de cabotinage assumé et de jubilation.

Enfin, Paul Newman, 33 ans, incarne Ben Quick. Pressenti comme remplaçant de James Dean, le comédien tient son premier grand rôle. Il crève l’écran. Vibrant d’animalité, ses fameux yeux bleus comme de la glace, le sourire éblouissant, les pectoraux irréprochables, il porte son chapeau nonchalamment posé en avant et invente la cool attitude. Arriviste, insolent, conscient de son magnétisme («J’ai eu ma part de femmes»), sans scrupule, il se rachète par un fond de tendresse.

Ce film vaut à Paul Newman le Prix d’interprétation masculine à Cannes. Sa carrière est lancée. Suivent Le Gaucher, La Chatte sur un toit brûlant, puis les grands rôles (Luke la Main froide), les immenses succès (Butch Cassidy et le Kid, L’Arnaque), l’irréprochable carrière d’un honnête homme.

A la fin du tournage, Paul Newman a épousé sa partenaire Joanne Woodward. Ils sont restés ensemble jusqu’à ce que la mort les sépare, le 26 septembre 2008, date de décès du comédien.

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Joanne Woodward

dans le rôle de Clara Varner

« Je ne suis pas un petit lapin tremblant, brûlant de désirs inassouvis, mais une femme adulte, intelligente »
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