«C'est gratuit?» Il est des gens qui posent systématiquement cette question quand on leur signale un rendez-vous culturel pour lequel on souhaite partager son enthousiasme. Peu leur importe de quoi on leur parle. Ce sont de purs tue-l'envie. Pas question ici de lancer un odieux message anti-pauvres. Mais plutôt de râler un bon coup contre ce qui relève plus souvent d'un réflexe mesquin que d'un réel problème de porte-monnaie. Ou alors d'une pseudo-philosophie, d'une revendication politique simpliste. Sous de tels couverts, ceux qui cherchent les manifestations gratuites ont malheureusement trop souvent l'âme profiteuse, au sens le plus capitaliste du terme. Ce sont de vrais consommateurs.

Il est certain que l'offre culturelle gratuite existe. Et tant mieux. Il faut tout de même réfléchir à quels événements et à quels producteurs elle est liée. Elle peut être festive et populaire, comme la Fête de la musique, pour laquelle peu de musiciens manifesteraient autant de générosité s'ils n'avaient le reste de l'année la possibilité de gagner leur vie grâce à une participation financière du public. Elle est aussi le fait des galeristes, qui sont pourtant des marchands, et dont certains sont peu enclins à marquer des égards pour le visiteur qui n'a clairement pas l'intention d'acheter.

C'est pourquoi, en voyant le mot «gratuit» en gros caractères sur le programme des Urbaines, j'ai un petit pincement. Je préférerais à vrai dire, puisque c'est la saison, que ces propositions, par ailleurs des plus émoustillantes, soient annoncées comme «offertes». Parce que de la part des milieux culturels lausannois les plus émergents et de leurs partenaires et subventionneurs, c'est bien d'un cadeau qu'il s'agit, n'est-ce pas? Et non d'une promotion mercantile? Or, en tendant son paquet enrubanné, qui aurait l'idée de préciser, c'est gratuit?