THéâTRE

La Grèce qui fait boum!

«Vive la mariée!», spectacle grec signé Lena Kitsopoulou, mêle tous les styles dans une énergie comique et charnelle à haute charge émotionnelle. Remuant

Vous trouvez que ce printemps pluvieux est décidément trop soporifique? Courez, ce soir et demain soir, au Théâtre Saint-Gervais, à Genève, vous réveiller avec le spectacle le plus secoué du moment. Vive la mariée! est une charge hallucinante d’énergie, qui mêle tous les styles dans une déferlante joyeusement dramatique ou dramatiquement joyeuse. Peu importe. Lena Kitsopoulou, la metteur en scène, ne tient pas particulièrement à l’histoire écrite par Grigorios Xénopoulos dans les années 30 – comment Rosa, une jeune fille de bonne famille, finit cocotte après avoir été manipulée par un séducteur sans scrupule. Elle ne tient pas non plus à une cohérence stylistique, passant du drame amer au comique volontiers vulgaire, pour terminer sur la note plus solennelle d’un rituel mortuaire.

Ce qui motive cette artiste grecque qui a fait ses classes au Deutsches Theater, à Berlin? La succession de situations charnelles qui permettent à ses comédiens de composer des personnages à haute charge dramatique, comique et émotionnelle. Et, dans ce registre à cor(ps) et à cri, c’est franchement réussi.

Tout débute comme un manifeste des années 90, plus acide que drôle, soucieux de jeter à la face du public la mesquinerie du monde bourgeois en général et celle du mâle dominant en particulier. Sarah Kane et Olivier Py ne sont pas loin quand, dans sa garçonnière, Zozos (Yiannos Perlengas) reçoitdes filles et des garçons qui regardent le public droit dans les yeux et exhibent leur cœur brisé sous la forme d’un ballon percé. Rosa (Maria Protopappas) débarque dans ce commerce de la chair avec sa fraîcheur et ses ballerines, offre sa bouche et sa nudité et repart humiliée lorsqu’elle découvre que Zozos utilise sa naïveté pour la mettre sur son étal de boucher. Elle deviendra une Amy Winehouse d’alcôve coquine, cramée et bien décidée à griller à son feu toute âme qui s’y frotte.

Mais le spectacle n’a pas dit son dernier mot. Car de vrais numéros comiques se succèdent sitôt qu’un chevalier propose à Rosa de l’épouser. Cette idée de réhabilitation par le mariage fait visiblement bien rire la metteur en scène. Que ce soit la mère de Rosa (Ionna Mavréas) ou le frère du sauveur (Yiannis Kotshiphas), la famille du couple explose d’une manière si spectaculaire que la secousse a raison du futur radieux des amoureux. Et les spectateurs grecs, présents en masse dans la salle, plébiscitent cette déculottée. Bien vue, cette semaine grecque voulue par Philippe Macasdar, films et pièce réunis. C’est une fête du corps et de l’esprit.

Vive la mariée!, Théâtre Saint-Gervais, Genève, jusqu’au 2 mai. Spectacle en grec surtitré. 022 908 20 00, www.saintgervais.ch

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