Musique

Greg Gonzalez, Texan décomplexé

Le premier album des Cigarettes After Sex, qui sort en juin, s’annonce comme le plus détendu de l’année 2017. Ses volutes seront contagieuses: non-fumeurs s’abstenir

C’est déjà l’un des noms de groupe les plus géniaux de l’histoire. En tout cas bien plus inspiré que Inspect Her Gadget ou Doc Gyneco, par exemple, si on veut rester dans le domaine des rapports humains. Il fait sourire d’un air entendu – on comprend assez vite le concept – et suscite assez de curiosité pour chasser ce qui se cache derrière.

Un réflexe partagé qui en a fait une vraie tendance avant même la sortie de leur premier album, prévue début juin: «Il semblerait que notre musique ait été recommandée sur YouTube par un algorithme. C’est plutôt drôle, parce que des mecs qui écoutaient du métal sont tombés sur nos morceaux juste derrière et ont fini par aimer», croit savoir le chanteur-leader Greg Gonzalez. Le phénomène touche un peu tout le monde, notamment nos voisins parisiens: leur concert d’avril à la Maroquinerie affichait complet depuis des mois, sur la seule foi de deux singles parfaits et d’un charme planant imparable.

L’histoire derrière le nom

Toute première chose qu’on a envie de savoir: d’où peut bien sortir un nom pareil? «J’avais une amie voilà quelques années, qui s’allumait systématiquement une clope après nos rencontres à l’horizontale. Je ne fumais pas, mais j’ai voulu essayer, et c’est devenu un rituel tellement c’était génial. Quand j’ai cherché un nom de groupe quelques mois plus tard, ça s’est imposé comme une évidence.» Greg Gonzalez, né à El Paso, raconte de sa voix texane nasillarde. Un timbre très éloigné de celui tout en douceur et abandon qu’il pose sur ses compositions.

«Les gens pensent spontanément qu’une femme est au chant, d’ailleurs. C’est marrant parce que mes influences sont surtout féminines», avouait-il l’an passé à Radio Nova, citant Françoise Hardy et Juliette Gréco. Son disque ne parle que d’amour: avant, après, pendant, les bonnes comme les mauvaises aventures. Un choix totalement assumé: «C’est le seul truc qui me donne envie de vivre ou de mourir. Et il n’existe pas tant que bons albums qui ne parlent que de ça. Il y a toujours un moment où l’objet se déplace. Moi, je voulais faire un album qui aille le plus loin possible dans le domaine et qui ne s’écarte pas de son sujet.»

Indolence addictive

D’une spontanéité tout terrain, Greg Gonzalez aime à se raconter sans filtre. Les paroles de «Nothing’s Gonna Hurt You Babe», son premier single, l’ont ramené aux débuts légers d’une longue relation, «quand on enfilait des lunettes et qu’on chantait à tue-tête lors de nos baise-parties». Sa jeunesse texane? «Une éducation géniale, des couchers de soleils sublimes et montagnes magnifiques. Ado, je jouais aux jeux vidéo, j’enregistrais les morceaux que j’aimais sur des cassettes. Je regardais du porno et j’étais capable de citer mes actrices favorites. Je gobais du LSD aussi, et je partais camper au bord des lacs.»

Un mélange heureux qui a produit un artiste étonnant. Les comités de lutte contre le tabagisme et les drogues dures apprécieront moins, mais leur combat semble perdu d’avance tant ce premier album est une franche réussite. Une basse presque maladroite, la voix qui traîne sans espoir de rétablissement, et une indolence hautement addictive. Les influences sont multiples, et l’une d’elles nous ramène même jusqu’aux Red House Painters, l’ex groupe du cultissime Mark Kozelek, et son asphyxiant Katy Song (1993). Sauf qu’on respire à pleine bouche avec les Cigarettes After Sex: «Your lips, my lips, apocalypse», chantent-ils notamment sur Apocalypse. Les taux de natalité risquent bien d’exploser les mois à venir.


A écouter

Cigarettes After Sex, «Cigarettes After Sex», Partisans Records/Musikvertrieb. Sortie le 9 juin.

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