Humour

Grégoire Furrer: «On a envie d’aller à la rencontre de nos fans»

Alors que la 29e édition du festival s’ouvre dans quelques jours, son directeur pense déjà au futur et aux déclinaisons, à l’heure de l’internationalisation de l’humour, de la marque Montreux Comedy

Alors que le 29e Montreux Comedy Festival n’a pas encore démarré, mais qu’un nouveau succès semble acquis avec une majorité de galas qui devraient se jouer à guichets fermés, son directeur, Grégoire Furrer, pense déjà à la suite. A une 30e édition anniversaire dont il révélera les contours en préambule au gala de clôture du 3 décembre, piloté par Manu Payet, mais aussi à un avenir plus lointain. «Je n’aurais jamais pensé fêter les 30 ans du festival lorsque je l’ai créé, mais là, j’ai tellement de projets que je me sens comme un gamin. J’ai le sentiment que les plus belles années sont devant moi», s’enthousiasme le Montreusien, qui depuis deux ans forme un performant trio avec une nouvelle directrice opérationnelle, Chloée Coqterre, et un conseiller artistique bien connu des Romands, Jean-Luc Barbezat.

Comment expliquez-vous le succès exponentiel de l’humour?

Ce qui est nouveau, c’est l’internationalisation de l’humour. Un Suisse peut faire rire des Français, comme à Montreux on rit avec des Québécois et des Africains. Le temps où chaque région, chaque langue, riait de ses propres humoristes, où on pensait qu’un François Silvant ne pouvait pas s’exporter à Paris, est révolu. Aujourd’hui, Marina Rollman s’exporte à Paris et personne ne souligne qu’elle est Suisse; elle est juste drôle. Et il y a aussi l’exemple de Netflix, qui produit énormément de comédie et qui donne une visibilité sans précédent aux humoristes en sous-titrant leurs sketchs en vingt et une langues! Les comédiens commencent ainsi à se bâtir de nouvelles communautés, un Américain peut avoir des fans aux Philippines ou en Inde, et pas seulement au sein d’une petite diaspora qui parle anglais.

Quelle est l’influence de cette internationalisation sur le Montreux Comedy?

Soyons un peu chauvin: on a la chance, dans un pays qui cultive le multilinguisme et le multiculturalisme, d’avoir un public extrêmement curieux. Quand on invite dans un gala un humoriste québécois, africain ou caribéen, quelqu’un qui a une façon différente de s’exprimer en français, ça fonctionne, les spectateurs adorent ça. Lorsqu’on a décidé de lancer des soirées anglophones, on a remarqué qu’on avait autant d’expatriés que de francophones qui comprenaient suffisamment bien l’anglais pour venir. Notre public est friand de nouveauté, il aime qu’on lui fasse découvrir les pépites de demain. La première fois qu’on a fait venir Blanche Gardin, elle passait pour un ovni. Maintenant qu’elle est une méga-star, beaucoup de gens nous disent qu’ils sont fiers de l’avoir découverte à Montreux. Le public suisse est cultivé et curieux, ce qui nous permet d’être une plateforme proposant autant d’artistes locaux qu’internationaux. Cette mondialisation est également visible sur les réseaux sociaux, où nos vidéos ont autant de succès en Suisse qu’à l’étranger. On a également d’importantes communautés en Afrique et au Québec.

Que faire pour conserver l’adhésion de ces nouvelles communautés?

On a envie, avec cette marque globale qu’est devenu le Montreux Comedy, d’aller à la rencontre de nos fans. On a commencé par le Montreux Comedy Dubaï, dont on organise en février prochain la quatrième édition. En mars, on va refaire pour la troisième fois quelque chose à Johannesburg, et si tout va bien on va lancer Abidjan en mars. Dans les projets futurs, il y a Paris pour 2020, puis Montréal, Beyrouth et Zurich. Notre rayonnement à l’étranger vient de la puissance des réseaux sociaux. A l’heure où je vous parle, notre chaîne YouTube a quelque 600 000 abonnés et 245 millions de vues, ce qui est énorme et fait de nous la plateforme la plus puissante de Suisse, avec une progression d’environ 1000 abonnés par jour. Mon objectif serait d’arriver à 1 million pour les 30 ans du festival.

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Ces éditions délocalisées ont-elles également pour but de soutenir les scènes locales?

Quand on voyage, notre but est de trouver des contenus et des humoristes qu’on n’a pas l’habitude de côtoyer. Ensuite, on essaye de ramener ces découvertes pour les faire travailler avec des humoristes de chez nous et créer des liens entre les cultures. L’idée n’est pas de tourner avec une troupe européenne qu’on implanterait partout. Si je prends l’exemple d’Abidjan, l’idée serait de repérer une dizaine de talents afin d’en ramener deux ou trois à Montreux et de les aider. C’est d’ailleurs ce que j’ai fait à mes débuts en produisant Frédéric Recrosio à Paris ou en permettant à Cuche & Barbezat de travailler avec des Québécois et des Français, et qu’à l’inverse j’ai fait venir François Rollin ici pour le faire travailler avec le chroniqueur radio Rausis. Après avoir créé un pont entre la Suisse et la France, j’ai envie de le faire entre la Suisse et le reste du monde.

N’avez-vous jamais eu envie de travailler avec des artistes sous contrat exclusif?

Ce n’est pas notre stratégie. J’ai été manageur pendant près de quinze ans, c’est vraiment un métier à part entière et je ne veux pas avoir de conflits d’intérêts. Mais on a un projet concret, celui de faire tourner les galas inédits que l’on produit. J’aimerais beaucoup pouvoir prendre un de ces galas et l’emmener deux mois en tournée à travers le monde, en commençant forcément par la francophonie. Reste à trouver le financement, et c’est kafkaïen. Tandis qu’on a un accord de principe d’une banque française qui est prête à nous suivre, il est difficile de réunir en Suisse les 20% de fonds propres nécessaires pour démarrer. Car personne ne comprend pourquoi il faudrait nous aider à organiser une tournée à l’étranger, alors que très clairement, les retombées économiques seraient intéressantes puisqu’on produirait tout depuis la Suisse. C’est d’ailleurs sur ce modèle que fonctionnent des institutions comme le Ballet Béjart ou le Théâtre de Vidy pour leurs tournées, non?


29e Montreux Comedy Festival, du 28 novembre au 3 décembre.

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