Observateur sensible des turbulences humaines, quêteur d'apaisements improbables, Grégoire Müller peint des portraits saisissants. Des portraits marqués par l'angoisse et les souffrances provoquées par les exacerbations de la destinée ou les tensions sociales et économiques. Regards pénétrants et cris ravalés, ces visages exhibent leurs similitudes et leurs différences. Ils témoignent de leur appartenance à la même espèce, l'espèce humaine; mais cette communauté n'empêche cependant aucun d'eux d'affirmer son individualité.

Travaux sur papier

Cet entrelacement du commun et du singulier ressort particulièrement de la grande exposition consacrée par le Musée des beaux-arts de la ville du Locle à l'œuvre de Grégoire Müller. La présentation réunit essentiellement des travaux sur papier (125 numéros): dessins, lavis, eaux-fortes, lithographies, sérigraphies, assemblages, collages… Ces «polygraphies», selon l'artiste, «seraient comme les traces d'une errance plus ou moins lucide à travers différents domaines, relayées par une variété de médias».

Cette diversité fait aussi écho à la multiplicité des sensations à saisir, afin de rendre compte des affinités en termes d'équivalences. Mais que la cohérence, que le reflet deviennent trop lisses et voilà l'artiste tenté de briser le miroir. Sa série (offset litho) de Fractures, par exemple, reprend des sujets d'anciennes toiles et les réassortit. L'exercice de dissection a pour but de dérouter l'œil de façon à ce qu'il «se retrouve seul face à l'irruption des sens».

Complexité

Les superpositions, les métissages ont assurément, aux yeux de Grégoire Müller, la faculté de renouveler les approches, les angles d'analyse. Ses visages sont parfois aussi épurés et ciselés que ceux d'un Matisse ou alors aussi bosselés et rageurs que les dessinait son ami Jean-Michel Basquiat (1960-1988). Tandis que telle encre représentant une corneille ou un bambou pourrait fort bien être d'un maître chinois. Pareil pour sa vie. Commencée à Morges en 1947, elle s'écoule actuellement à La Chaux-de-Fonds (depuis 1987), mais s'est longuement abreuvée entre-temps aux sources de Paris et de New York. Ce brassage est son style, en accord avec sa personnalité, son rythme, ses humeurs mais surtout parce qu'il épouse le caractère, comme il le dit sur le feuillet documentant l'expo, «de ce qui est à découvrir et à montrer». A savoir: la complexité du genre humain, mais aussi ses aspirations communes.

Grégoire Müller, polygraphies. Musée des beaux-arts de la ville du Locle, Marie-Anne-Calame 6, tél. 032/931 13 33, «http://www.mbal.ch».

Ma-di 14-17 h. Jusqu'au 2 mai.