Désormais, le cap est vert. Dans les théâtres romands, c’est même un branle-bas de combat. Comme le groupe britannique Massive Attack, qui annonçait récemment privilégier le train pour ses tournées, les grandes institutions du pays changent leurs pratiques: elles bannissent les airs pour leurs voyages en Europe; elles recyclent leurs décors; elles mobilisent leurs publics.

Symbole de cet engagement: l’automne passé, l’auteur jurassien Camille Rebetez lançait une «Charte des artistes, acteurs et actrices culturelles pour le climat». Quelque 230 professionnels l’ont déjà signée et se sont engagés à «orienter leurs activités afin de réduire immédiatement, et de façon radicale, leur impact sur l’environnement et le climat». Autre geste: à Genève, les théâtres planchent sur un code de bonne conduite écologique.

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La dépense carbone appelle l’action, fût-ce en ordre dispersé. L’engagement est consubstantiel au «théâtre public», celui que villes et cantons subventionnent. Jusqu’à la chute du Mur, Marx et Bertolt Brecht faisaient figure de surmoi. Ils poussaient à éclairer les mécanismes de nos aliénations. Depuis que les glaciers se décomposent, l’essayiste Naomi Klein et l’activiste Greta Thunberg les ont relayés: les créateurs avouent leur désarroi, mais sonnent le tocsin; mieux, ils se veulent exemplaires, quitte à tâtonner.

Admirable? Certes. Dérisoire? Non. Un artiste déploie chaque soir une image du monde qui excite, quand c’est réussi, la pensée. Il ne milite pas, il éclaire notre humanité à travers ses histoires, il forge à vue parfois même des clés pour l’avenir. Sa matière, c’est la vie, c’est-à-dire aussi aujourd’hui la science de la terre, des eaux, du ciel. Ses récits et plus encore ses pratiques peuvent servir de révélateurs, d’aiguillons pour d’autres secteurs, de ferment pour des futurs possibles.

La conjoncture romande, historique, sert ce dessein. D’ici à l’automne 2021, trois maisons d’envergure auront été inaugurées: la Comédie à Genève, le Théâtre de Carouge, le Théâtre du Jura à Delémont. Ces manufactures sont autant de chances de passer à l’acte, d’affirmer une écologie de la création.

La guerre à nos routines est déclarée. Elle s’annonce longue et incertaine, mais il ne sera pas dit que les artisans de nos fictions n’auront pas pris leurs responsabilités. Ils embrassent désormais un siècle qui sera vert ou qui ne sera pas.