Cinéma

«Greta», un jeu du chat et de la souris sexiste et agaçant

Isabelle Huppert manipule Chloë Grace Moretz, tout en niaiserie, dans un thriller raté, maladroitement filmé et pauvrement incarné

Un sac abandonné trône sur le siège en plastique d’une rame de métro. Noir, en cuir, avec un fermoir en argent: inoffensif en somme. Sauf que ce bagage a été déposé là par Greta, une femme solitaire en mal de compagnie et légèrement dingo sur les bords, incarnée par Isabelle Huppert. Un appât qui lui permet de harceler et isoler des jeunes femmes.

Neil Jordan, réalisateur irlandais des très bons The Crying Game et Entretien avec un vampire, perd complètement les pédales avec Greta. Chloë Grace Moretz y tombe dans le piège d’Isabelle Huppert avec une niaiserie déconcertante, bien loin de ses excellents rôles dans Kick-Ass ou Sils Maria. Son personnage de jeune blonde ingénue répond aux éternels clichés des films d’horreur et de suspense, dans un conformisme agaçant.

Pénible et gênant

C’est d’ailleurs tout le problème de Greta: cocher toutes les cases d’une liste «à ne pas faire» dans un thriller. A savoir: utiliser une musique stridente et omniprésente, ajouter des seconds rôles inutilement gourdes, inventer des pièces cachées dans une maison et offrir un dénouement attendu, digne d’une parodie. Entre deux, le spectateur doit également subir l’accent anglais à couper au couteau d’Isabelle Huppert, qui a rarement été aussi pénible. Son rôle de femme manipulatrice n’a aucune cohérence et souffre d’un manque clair d’écriture. Elle oscille sans cesse entre des menaces en anglais, français et même hongrois, tout en prenant un malin plaisir à séquestrer des jeunes femmes candides. Oui, parce qu’il est évident que les seules personnes serviables dans le métro new-yorkais, acceptant de rapporter ce fameux sac à sa propriétaire, sont toutes blondes aux yeux bleus.

Et le pire est à venir: la réalisation est d’une banalité abyssale, voire sexiste lors des scènes de séquestration de la pauvre Chloë Grace Moretz, enchaînée à un lit pendant de longues séquences gênantes. Neil Jordan aurait mieux fait de s’en tenir aux vampires.


Greta, de Neil Jordan (Etats-Unis, Irlande, 2018), avec Isabelle Huppert, Chloë Grace Moretz, Maika Monroe, 1h38.

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