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La conquête de Paris selon Olivier Py, dans un décor somptueux de Pierre-André Weitz.
© Christophe Raynaud de Lage

Festival d’Avignon

Les griffes d’Olivier Py déchirent Avignon

Le directeur du festival règle ses comptes avec le microcosme politico-culturel parisien. La charge est lourde, mais portée par une langue de feu et dix acteurs magnifiquement accordés

Au bûcher, Olivier Py? L’écrivain, metteur en scène, directeur du Festival d’Avignon se caricature-t-il dans Les Parisiens? Le lyrique de naguère virerait-il revanchard, comme on l’entend parfois, blessé à jamais d’avoir été évincé, à l’époque de Nicolas Sarkozy, du prestigieux Théâtre de l’Odéon? L’obsédé textuel serait-il devenu un obsédé sexuel?

Ses Parisiens, adaptation d’un pavé de 530 pages (Actes Sud), divise. La durée du spectacle – 4h30, c’est bien moins que naguère – la compulsion sodomique (usante, c’est vrai), le nu jusqu’à l’overdose peuvent certes avoir raison des esprits les mieux disposés. Mais Olivier Py suit les obsessions de ses 25 ans, avec une autodérision foutraque qui est sa marque. Et son spectacle est habité par dix comédiens superbement ajustés à la farce, à l’éclat d’une langue excessive et belle, au propos surtout.

Un romantique sur sa cuvette

De quoi parle Les Parisiens? D’une ambition, celle du jeune Aurélien, celle de son amant Lucas (Joseph Fourez). Ce sont leurs élans qu’on suit, un gymkhana dans la jungle de la capitale. Ces héros ressemblent sans doute à leur auteur: ils sont amoureux épidermiques, généreux et égotistes, spirituels, déchirés entre la tentation de la chartreuse et les petites jouissances de salon où on assassine en gants de soie.

«Je suis celui qui vient», lance Aurélien (Emilien Diard-Detoeuf), déboulant sur un échiquier flanqué de façades d’immeubles chics – formidable décor de Pierre-André Weitz. Mais le voici sur la cuvette, au premier étage d’un loft tout entier contenu dans une boîte blanche rectangulaire. Il disserte sur la prose de son amant, Lucas, absent. Iris (Céline Chéenne) s’amuse de sa flamme, se moque de son lyrisme et de ses guirlandes d’adverbes. Ce sont deux chats brûlants, à l’aube de tout.

Gigolos et prostituées font leur révolution

Mais Lucas surgit de sous le lit, sans gêne comme Apollon au lever. Son manuscrit, son génie poétique? Il les conchie. Son ami proteste: bagarre sur le plancher, étreintes, baisers etc. Aurélien va bientôt s’introduire dans le petit monde des faiseurs de gloire, protégé par Jacqueline, douairière en tailleur jaune, qui a de grands projets pour lui. Il monte une Antigone conceptuelle, avec une tragédienne alcoolique, mais merveilleusement timbrée. Une catastrophe. Mais comme il milite dans un groupe de prostituées et gigolos révolutionnaires, il devient une figure à la mode. Immunité médiatique.

Pasionaria de la libido pour tous

Le théâtre d’Olivier Py est athlétique. Pas une phrase molle, chez lui. Chaque réplique est un silex. On frotte et l’étincelle est immédiate. Il n’est dupe d’aucune posture, ni de la sienne, ni de celle de son microcosme. La charge est lourde, certes, répétitive aussi – pénible cette façon de tout ramener au désir de sodomiser son prochain. Mais quand la satire pique du nez, la flamme romantico-politique fouette. Au bal des intrigants, Olivier Py oppose la vitalité volcanique de l’ombre, là où cohabitent vauriens de l’amour et pasionaria de la libido pour tous.

Loufoque? Olivier Py est à sa façon farceuse un apôtre de la libération. Elle passe chez lui par le verbe, par le sexe, par la théologie. Il est fidèle en somme au credo de sa jeunesse, celui que continuent de porter des acteurs hors du commun, Céline Chéenne, Philippe Girard, Mireille Herbstmeyer surtout.

«La rédemption par le théâtre, j’y crois»

Admirez cette dernière, dans la robe rouge de Catherine la tragédienne décadente. Elle avance sur le damier, titubant, cramponnée à une ampoule – la fameuse «servante» du théâtre. Elle feule que tout est mort à l’intérieur, mais qu’il reste le jeu. «La rédemption par le théâtre, j’y crois». Sa voix est celle d’une Sarah Bernhardt de lupanar. Aurélien l’ambigu répond: «Nous appartenons à la joie.» Le dégoût n’est pas une fatalité. Il reste ce feu de nuit: la possibilité de la grâce. La liberté selon Py.


Les Parisiens, Festival d’Avignon, La FabricA; Festival d’Avignon

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