cinéma

Le grognon et l’effrontée

Dans «Bienvenue parmi nous», Jean Becker creuse le sillon d’un cinéma sentimental et décati

Dans Elisa, Vanessa Paradis portait le nom d’une chanson de Gainsbourg. C’est dans le répertoire de Michel Polnareff que la Marylou de Bienvenue parmi nous a choisi le sien. Un nivellement par le bas emblématique de la dégradation du cinéma de Jean Becker. Il fut un temps où le fils du grand Jacques avait l’élégance de se faire rare: douze ans séparent L’Eté meurtrier d’Elisa. Mais le succès des Enfants du marais, charmante peinture d’une France potagère qui n’est plus, l’a dopé. Depuis, il s’embourbe avec régularité dans la nostalgie pastorale.

C’est à nouveau le cas dans cette adaptation d’un roman d’Eric Holder tournée entre l’île d’Oléron, La Rochelle et le Marais Poitevin. Son héros sexagénaire est un peintre reconnu avec tout ce qu’il faut pour être heureux, mais en pleine dépression. Alors qu’il veut en finir, Taillandier rencontre Marylou, une mineure jetée à la rue par sa mère. Il prend la gamine sous son aile et ils s’installent comme père et fille dans une maisonnette au bord de la mer. Entre le vieux ronchon et l’insolente péronnelle naît une amitié magnifique qui les sauvera…

Le vieillissement meurtrier

Hormis la performance de Patrick Chesnais, toujours impeccable, pas grand-chose à sauver dans cette histoire cousue au fil blanc des bons sentiments et véhiculant une morale paternaliste. Les femmes doivent être sages dans la France d’en bas selon Becker. «Pas trop de maquillage», lance Taillandier à sa protégée lorsque sonne l’heure des adieux et que Polnareff hulule «Good Bye Marylou». Quant à la jeune Jeanne Lambert, elle n’a guère pour elle que la physionomie boudeuse de la jeune Sophie Marceau et la choucroute d’Isabelle Adjani dans L’Eté meurtrier – que Marylou regarde à la télé en pleurant. L’auteur doit être persuadé que ce film, qui a mal vieilli, constitue l’expérience émotionnelle ultime.

V Bienvenue parmi nous, de Jean Becker (France 2012), avec Patrick Chesnais, Jeanne Lambert, Miou-Miou, Jacques Weber. 1h30.

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