Culture

Le groove classe de Bazbaz

Enregistré en partie en Jamaïque, le quatrième album du Français regorge de poésie sensuelle.

CHANSON. Bazbaz. Le Bonheur fantôme.(Saint George/Sony-BMG)

Rockeur au sein du Cri de la mouche à la fin des années 1980 et début 1990, Bazbaz a fini par basculer dans la chanson charnelle peu avant le nouveau millénaire. Dans son virage, cet organiste et fin mélodiste a pris soin de ne pas oublier le groove infernal qui caractérisait déjà les compositions d'âme punk du Cri de la mouche. Pour mémoire, leur ravageur tube de 1989, «Les seins de ma femme sont plus gros que ceux de ma voisine», dont la jeunesse francophone s'était rapidement entichée.

En quête à présent de davantage d'indolence rythmique et de quiétude poétique pour ses jeux de langue et son écriture hédoniste, Bazbaz s'est immergé en grande partie à Kingston pour enregistrer Le Bonheur fantôme, s'offrant en prime la griffe de la mythique paire Sly & Robbie. Une Jamaïque que ce Français féru de soul et de funk millesimés années 1970 connaît bien puisqu'il avait aussi accompagné et produit le disque du reggaeman Winston McAnuff voilà cinq ans. Des harmonies sublimes de «Ma Belle évanouie» aux rimes jouissives de «Con d'homme», «D'Amour et d'eau fraîche», «Excès d'abus» ou «Les Echecs», Bazbaz fait preuve d'une poétique plurisémique truffée de calembours fins et de rendez-vous manqués. Hanté par le feu de la passion, consumé par le désenchantement mais souvent lové dans les plaisirs de la chair et les moiteurs sonores, Le Bonheur fantôme chaloupe et chavire insidieusement. «Classe!» aurait peut-être décrété le Gainsbourg reggae d'Aux Armes et cætera à l'écoute de ces perles.

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