Comeback, Backflash, Flashfire: il y a comme un air de comptine dans la série de romans noirs publiés sous le pseudonyme de Richard Stark par le grand Donald Westlake. Variations sur le thème du «gros coup», ces polars ont pour héros un malfrat nommé Parker, sans prénom et sans concessions. Dur, malin, efficace, Parker n'aime pas se laisser flouer. Dans Flashfire, il aide de nouveaux associés à dévaliser une banque, mais se voit refuser sa part du butin car celui-ci doit servir à financer le «coup du siècle» à Palm Beach, station balnéaire de la haute société.

Qu'à cela ne tienne: se faisant passer pour un milliardaire, Parker s'installe à Palm Beach pour doubler ses complices et détourner à son profit le produit de leur casse. Mais lui-même se retrouve dans le collimateur d'un mafieux qui fait tout pour le liquider. Court thriller au rythme tranchant, Flashfire croque au vitriol des personnages sans conscience, obsédés par le gain, résolus à survivre à tout prix dans la jungle. Les hautes sphères vues comme une prison dorée (pour ceux qui en sont) ou comme un miroir aux alouettes (pour ceux qui voudraient en être), avec l'ironie froide d'un grand caricaturiste.

Richard Stark. Flashfire. Trad. de Marie-Caroline Aubert. Rivages Thriller, 208 p.

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C'est d'autres hautes sphères que vise Joseph Finder dans son dernier roman, Paranoïa: l'univers high-tech des sociétés actives dans l'informatique et les télécoms. Jeune employé de l'entreprise Wyatt, Adam Cassidy est pris en flagrant délit de piratage d'ordinateur pour une cause fort sympathique: financer une belle fête pour le départ à la retraite d'un simple manutentionnaire. Son boss, un agressif bronzé «body-buildé», lui donne le choix entre la prison pour vingt ans, ou une mission d'espionnage industriel chez son concurrent Trion Systems.

Engagé par ce dernier, Adam, transformé en battant, grimpe rapidement les échelons et se retrouve au sommet de la hiérarchie, aux côtés d'un patron qui est un manager à l'ancienne, bon, humain, généreux. Mais les apparences sont évidemment trompeuses, et notre taupe naïve ira de surprise en surprise. Habile à décortiquer les méthodes cyniques des dirigeants et les courbettes de leurs collaborateurs, Finder crée surtout un héros attachant, pauvre pion paniqué, sentimental, embarqué malgré lui dans un jeu cruel portant sur des milliards de dollars.

Joseph Finder. Paranoïa. Trad. de Marina Boraso. Albin Michel, 480 p.