Ama gauche, Goldie Hawn en serveuse délurée d'une boîte de nuit à Los Angeles, jugée mûre pour la retraite par son patron. A ma droite, Susan Sarandon, en mère de famille bourgeoise établie à Phoenix, Arizona, avec son avocat de mari et leurs deux filles adolescentes. Apparemment, rien qui puisse les lier. Pourtant, dans les années 60-70, Suzette et Lavinia formaient un fameux tandem de groupies, au point que Frank Zappa lui-même les avait baptisées «poétiquement» les Banger Sisters. Vingt ans après avoir perdu contact, Suzette, en manque de liquidités, se souvient de sa vieille copine et se met en route, embarquant au passage un scénariste maniaque et abstinent…

Après avoir imaginé de tels contrastes, Bob Dolman, lui-même scénariste passé derrière la caméra, joue sur du velours. Si l'on s'amuse, c'est pourtant que la retenue de la mise en scène et la classe des comédiens viennent ici relativiser l'éloge attendu d'une «saine vulgarité». Mine de rien, des idées aussi sérieuses que la liberté ou la responsabilité, l'hypocrisie sociale ou la marginalité, sans oublier le fossé générationnel, sous-tendent les affrontements programmés. Et même si la fin déçoit dans son souci de vouloir tout (ré) concilier, cette comédie sur laquelle plane le souvenir des Doors déclasse sans peine Absolument fabuleux (le film).

Sex fans des sixties (The Banger Sisters), de Bob Dolman (USA 2002), avec Goldie Hawn, Susan Sarandon, Geoffrey Rush, Erika Christensen, Eva Amurri.