Ces groupies qui veulent palper de la star

Elles sont prêtes à tout pour croquer leur idole.

Comment s’y prennent-elles pour parvenir à leurs fins? Enquête sexe & rock’n’roll

Dans les années 60-70, elles s’appelaient Pamela, Cynthia et Lori. Epinglés à leurs tableaux de chasse: Jimi Hendrix, Mick Jagger, Keith Moon ou Jimmy Page. La gloire. Cynthia Albritton avait même poussé l’obsession jusqu’à faire des moulages du sexe de ses «victimes» – entre autres Jagger et Hendrix – pour ensuite vendre les reproductions de ces trophées oblongs.

Qui est la groupie hystérique version 2015? Comment les «starfuckers» franchissent-elles les barrières aujourd’hui pour palper du rocker? «On en voit tous les jours!» affirme un musicien de Johnny Hallyday croisé en coulisses jeudi soir au Paléo. Si le festival nyonnais refuse systématiquement les demandes – «il est important que les artistes se sentent en confiance» explique la responsable du service de presse Michèle Müller – rien n’empêche les filles de montrer leur motivation à leur façon directement sur le terrain…

«Les loges sont très bien gardées, confirme le responsable de la sécurité Pierre Juillet. Mais il est déjà arrivé que des femmes me disent «si je te montre mes seins, tu me laisses passer?» Parfois elles laissent leur soutien-gorge avec leur numéro de téléphone inscrit dessus. On a aussi souvent vu des fans tenter d’accéder aux backstages par la rivière. C’est comique, on les repère tout de suite car on entend floutch floutch!»

«Plat du jour»

Le chef de la sécu – quarante ans au service du Paléo et un paquet d’anecdotes cocasses à son actif – se souvient de la désillusion de cette femme sélectionnée par Bob Dylan pour monter sur scène (Robbie Williams n’a rien inventé). Imaginait-elle une suite de soirée croustillante avec le chanteur de «Blowin’In The Wind»? Toujours est-il que son rêve s’était effondré après les dernières notes lorsque les roadies l’avaient fermement reconduite sur le terrain. Soupe à la grimace.

Pour certains artistes par contre, tout semble couler de source. Le seul effort à faire pour les groupies étant d’être mignonnes et placées au premier rang. Natacha* en a fait l’expérience malgré elle. Tout devant lors d’un concert de Muse, elle a reçu un pass backstage de la part d’un membre du staff, sans avoir rien demandé. Ayant refusé la proposition (damned!), on ne connaîtra pas la raison finale de ce soudain accès de générosité…

Selon plusieurs personnes gravitant dans les milieux de la scène, cette manière de faire est plus courante lors de concerts individuels qu’en festivals. «Certains groupes placent leur manager devant la scène, dans la fosse. Pendant le concert, les musiciens désignent des demoiselles, qui reçoivent un accès aux loges. On appelle ça un pussy-pass!» Appeler un chat un chat… On nous raconte aussi que les groupies prêtes à passer à la casserole sont surnommées «plat du jour». Ensuite, certains artistes tiennent des listes par villes, avec les contacts des fans qu’ils pourraient potentiellement se remettre sous la dent.

Une forme d’addiction

Et pour celles qui n’ont pas la «chance» d’être identifiées comme comestibles de suite, le chemin est plus sinueux. Mais les stratégies mises en place portent souvent leurs fruits. «C’est facile, dans les équipes il n’y a généralement que des mecs!» observe François Biollay, organisateur du festival Métropop à Lausanne. «Une fille avait baratiné tout le monde pour s’approcher du but. Elle voulait à tout prix coucher avec quelqu’un du groupe. Trois tournées plus tard, elle était de nouveau là. Le batteur avait dû se planquer! Chez ces groupies, il y a une forme d’addiction.»

Dans sa chanson «Rosie», Francis Cabrel avait parfaitement chanté le blues du technicien utilisé par une groupie pour approcher les musiciens. «Je lui ai donné mon pass pour qu’elle puisse entrer voir le show […] Après le dernier morceau, le batteur est parti avec elle.» Le texte date de 1989, mais cette manœuvre est toujours d’actualité.

Betty*, qui travaille dans une salle de concerts, a pu observer ce petit manège avec un amusement teinté d’agacement. «Les nanas commencent par draguer le gars du merchandising, et une fois qu’elles ont réussi à choper le chanteur elles laissent tomber l’autre.» Et si la loge du chanteur affiche complet, les filles se rabattent sur un roadie. Pourvu que ça reste dans l’équipe, l’honneur est sauf.

Les fans croquent et se laissent croquer. «Les filles motivées ont toutes leurs chances, comme dans la vie normale, commente simplement Benoît*, qui tourne régulièrement avec des groupes de rock. Et les célébrités attirent plus que les autres. Cela dit, on parle de «starfucking» dans ce milieu car le rock’n’roll a beaucoup joué de ça, mais dans le sport et la politique, c’est pire!»

*Prénoms d’emprunt