Scènes

Au Grütli, «hygge» et temps arrêté

A Genève, l’artiste sonore Julie Semoroz propose un concert-spectacle qu’on reçoit couchés sur des coussins. Agréable, mais pas assez prenant

C’est une proposition qu'on écoute dans le noir, couchés sur des coussins moelleux. We Need Space, de l’artiste sonore Julie Semoroz, arrête le temps pour que chaque spectateur se connecte à ses sensations intérieures. A l’entrée de la salle, on enlève ses chaussures, on dépose son portable. De quoi naviguer sans entraves entre partitions musicales, solos de danse et projections sur grand écran. C’est bien? C’est reposant, mais pas assez passionnant pour retenir l’attention quatre heures durant.

Une image de désert. On entend le vent qui souffle dans les micros. Au sol, des matelas et des coussins accueillent le public. Dans un coin, des feuilles A4 et des crayons permettent à chacun de dessiner son humeur du moment.

Stress et to-do list

Les lumières baissent, les ondes électros de Julie Semoroz montent. Sa musique berce comme un cocon enveloppant. Elle ouvre des espaces imaginaires, permet de s’échapper. Parfois, elle est plus cadencée. Dans un morceau, l’artiste convoque des injonctions du monde moderne: «J’ai pas le temps», «To-do list», «J'suis pressé», etc., qu’elle répète en boucle, comme un mantra obsessionnel.

De son côté, Cédric Gagneur livre des solos dansés. Tantôt ses bras tournent comme des hélices et racontent peut-être l’aliénation de la surproduction. Tantôt le corps cède et suit des courbes plus naturelles. Le naturel, c’est aussi l’ADN de Cerise Rossier. L’artiste filme de tout près des pierres ou des plantes, et ces reliefs projetés en grand composent de drôles de toiles en mouvement.

Le moment, agréable, rappelle le hygge, cet art de vivre danois. A la fin des quatre heures, nous dit-on, une soupe sera servie à chacun. On s’est échappés avant, car la proposition, répétitive, ne nous a pas captivés complètement.


We Need Space, jusqu’au 7 avril, Théâtre du Grutli.

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