Classique 

Le Gstaad Menuhin Festival 
célèbre ses 60 ans

Le directeur artistique Christoph Müller a composé une belle affiche, entre musique de chambre et soirées symphoniques. Le festival célèbre aussi les 100 ans du père fondateur, Yehudi Menuhin

Le Gstaad Menuhin Festival célèbre un double anniversaire cet été: les 60 ans du festival et les 100 ans du père fondateur, Yehudi Menuhin (1916-1999). C’est en août 1957 que le violoniste américain s’entoura de trois musiciens célèbres, le violoncelliste français Maurice Gendron, le pianiste-compositeur anglais Benjamin Britten et son compagnon Peter Pears, pour deux concerts à l’église de Saanen. L’été suivant, le festival passait la vitesse supérieure avec neuf concerts, toujours dans ce lieu magique avec son mélange de bois et de fresques murales.

Aujourd’hui, le Gstaad Menuhin Festival s’impose parmi les grands festivals d’été en Suisse. «J’ai essayé de composer le programme d’une part en célébrant l’anniversaire de Menuhin, d’autre part en créant une vision pour l’avenir», explique le directeur artistique Christoph Müller. Près de 63 événements musicaux jalonnent sept semaines de concerts autour du thème «Musique & famille». «On a invité beaucoup d’artistes qui constituent des clans familiaux, comme les sœurs Labèque ou la famille de clarinettistes autrichiens Ottensamer [Andreas Ottensamer étant première clarinette solo au Philharmonique de Berlin].» A cela s’ajoutent des habitués, comme le merveilleux pianiste András Schiff, la violoniste Patricia Kopatchinskaja ou le flûtiste Maurice Steger.

On rappelle que le concept du festival repose sur une alternance de concerts dans les églises de la région et de concerts symphoniques sous la grande tente. Depuis 2009, le festival a créé un volet académie axé autour de la voix, du piano, des cordes, de la flûte à bec et de la direction d’orchestre (avec le Gstaad Festival Orchestra). Afin de se démarquer de ses concurrents, Christoph Müller cherche à monter des soirées exclusives. Riccardo Chailly dirigera le Philharmonique de la Scala de Milan dans la Symphonie en ré majeur de Cherubini et des extraits instrumentaux des Vêpres siciliennes de Verdi. Valery Gergiev et l’Orchestre du Théâtre Mariinsky joueront deux soirs de suite, d’abord la 5e Symphonie de Mahler couplée au 1er Concerto pour piano de Prokofiev avec Boris Berezovski, puis la 15e Symphonie de Chostakovitch couplée au 2e Concerto pour violon de Prokofiev avec Patricia Kopatchinskaja. La magnifique Anja Harteros et Bryn Terfel chanteront Verdi et Puccini sous la baguette de Gianandrea Noseda à la tête du London Symphony Orchestra.

Trois frères réunis au sein d'un quatuor

Si le récital de Lang Lang affiche déjà presque complet, la plus discrète Maria João Pires s’offre trois concerts, l’un avec la violoncelliste argentine Sol Gabetta, les deux autres avec de jeunes pianistes qu’elle promeut. Le Français Bertrand Chamayou déclinera Ravel, tandis que le contre-ténor vedette Philippe Jaroussky est attendu dans le baroque italien. On ne manquera pas non plus le nouveau phénomène du clavecin Jean Rondeau, coiffure hérissée, doigts déliés, dans un récital consacré à la dynastie Bach. Le Quatuor Schumann (constitué de trois frères!), le Quatuor Ebène, Diana Damrau et Xavier de Maistre complètent ce volet des concerts de musique de chambre.

L’hommage à Menuhin se décline avec le Requiem de Mozart dirigé par Paul McCreesh, le Polyptyque de Frank Martin que créa le grand violoniste en 1973 (joué ici par Renaud Capuçon), la 9e Symphonie de Beethoven dirigée par Giovanni Antonini et une soirée tutti frutti réunissant six violonistes, dont un Hymn for Yehudi composé spécialement par le violoniste jazz Didier Lockwood. A l’heure où les Jeux olympiques de Rio feront vibrer la planète sport, Sol Gabetta et son professeur Ivan Monighetti réuniront des violoncellistes (tous des élèves) pour une soirée sous le signe de l’Amérique latine à la tente.

Gstaad Menuhin Festival & Academy, du 14 juillet au 3 septembre. Rens. www.gstaadmenuhinfestival.ch

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