Le Gstaad Menuhin Festival, qui propose chaque été une soixantaine de concerts pendant sept semaines, a pour sa 66e édition remis sur le métier le programme conçu il y a deux ans. En 2020, le 250e anniversaire de la naissance de Beethoven inspirait tout naturellement le programme de la manifestation. La pandémie ayant frappé, le festival avait garanti aux artistes une reconduction de leur engagement en maintenant autant que possible leurs programmes, chose faite avec quelques adaptations mineures.

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Célèbre-t-on, d’ailleurs, les 252 ans de la naissance du compositeur cette année ou son véritable 250e anniversaire? Une controverse agite en effet le monde des experts, certains assurant que le Beethoven né à Bonn en 1770 aurait été un grand frère mort en bas âge du célèbre Ludwig, et que celui-ci aurait en réalité vu le jour aux Pays-Bas en 1772.

Objectif: neutralité carbone

Plus important que cette querelle est l’engagement présenté ce mardi à Berne par son directeur Christoph Müller de verdir le festival. Celui-ci émet du CO2 à la fois par les voyages des musiciens et des orchestres qu’il invite et par ceux du public. Un grand nombre de festivaliers – il se vend entre 25 000 et 30 000 billets par édition – se déplace en effet de Genève, Lausanne, Berne ou Bâle pour un seul concert. Christoph Müller a donc mandaté la fondation Myclimate pour effectuer un audit de son empreinte climatique et proposer des solutions pour approcher l’ambitieux objectif de neutralité carbone à partir de 2023. Un projet parallèle, musical celui-ci, va démarrer à la même date sous la forme d’un cycle de trois ans: confié à la violoniste Patricia Kopatchinskaja, il travaillera le thème de la durabilité en musique. On en saura davantage le 26 août, à l’issue du concert que donnera cette artiste qui compte parmi les fidèles du festival.

En attendant, place à Beethoven, donc, et à la capitale musicale où sa carrière s’est épanouie, cette Vienne qui a dominé l’Europe musicale pendant trois siècles. Les Habsbourg avaient en effet fait de la musique leur soft power, ainsi que le rappelle Christoph Müller. De Gluck à Mozart et Haydn, puis à Beethoven que ces deux maîtres influenceront, et aux compositeurs dont à son tour Beethoven sera la référence – Schubert, Mahler, Bruckner –, l’empire musical viennois s’étendra encore aux révolutionnaires qui abattront la tonalité – Schönberg, Berg ou Webern – au début du XXe siècle. Mais cette haute lignée connaîtra aussi ses ramifications plus légères, avec l’opérette ou les valses langoureuses des Strauss ou de Lehar.

«Fidelio» avec Jonas Kaufmann

Telle est l’imposante généalogie que le programme du Menuhin Festival va parcourir. On y retrouve la formule classique de la manifestation: une liste étourdissante de grands solistes jouant dans les chapelles de la région en des concerts d’une intimité qu’on ne trouve qu’ici; les récitals des jeunes étoiles; les «académies», où de jeunes professionnels se frottent à des maîtres (voix, musique baroque, musique de chambre, direction d’orchestre, orchestre moderne) et procurent au festival son orchestre résident, le Gstaad Festival Orchestra; et un nombre restreint de grands concerts abrités sous la tente érigée à l’entrée de la station, qui proposeront notamment une version de concert de l’unique opéra de Beethoven, Fidelio, avec le roi des ténors Jonas Kaufmann, mais aussi le Royal Philharmonic Orchestra de Londres et son chef Vasily Petrenko, ainsi que nombre de concerts gratuits avec les étudiants réunis dans les académies.

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66e Gstaad Menuhin Festival, du 15 juillet au 3 septembre.