Le Gstaad Menuhin Festival décline «l’ironie et la musique»

Classique Le festival de l’Oberland bernois mêle les tons et les genres. Sept semaines de concerts avec des vedettes

C’est une pure coïncidence: le Festival de Lucerne a programmé le thème «humour» pour cet été, tandis que le Gstaad Menuhin Festival déroule celui de «l’ironie et la musique». Christoph Müller se félicite de ce choix. «L’ironie offre plus de facettes que l’humour», dit le directeur à Gstaad. Il cite la Symphonie «La Surprise» de Haydn (inscrite au concert d’ouverture), Till l’espiègle de Strauss ou l’œuvre de Chostakovitch pour justifier son fil rouge. «Chez Chostakovitch, l’ironie frise souvent le sarcasme; c’est une voix contre la répression politique.»

Avec près de 55 concerts et événements auxquels s’ajoute l’académie (direction d’orchestre, voix, piano, flûte à bec), le Gstaad Menuhin Festival peut se targuer d’une riche affiche. Entre les concerts dans les églises de la région et les grandes soirées d’orchestre sous la tente, il y a de quoi satisfaire tout mélomane.

Jean-Yves Thibaudet, 53 ans, fait l’ouverture du festival en tant qu’«artiste en résidence». Le pianiste lyonnais, au toucher scintillant, reprendra l’un de ses tubes favoris, le Concerto en sol de Ravel (avec le chef Umberto Benedetti Michelangeli et l’Orchestre de chambre de Bâle, je 16 juillet à l’église de Saanen). Puis il jouera les Sonates pour violoncelle et piano de Prokofiev et Chostakovitch avec Sol Gabetta. Enfin, il interprète le Quintette pour piano op. 44 de Schumann au côté du Quatuor Bennewitz. Plusieurs concerts réunissent des artistes aux horizons éclatés, comme le harpiste Xavier de Maistre et le magicien Stefan Leyshon, le pianiste de jazz Stefano Bollani et la violoncelliste Sol Gabetta. Le jeune pianiste Kit Arm­strong viendra avec son maître Alfred Brendel (lequel donnera une conférence).

Jonas Kaufmann et Trifonov

Mentor depuis 2012 de la Gstaad Piano Academy, András Schiff propose un récital très attendu. Il a choisi les grands classiques viennois, dont la Sonate op. 110 de Beethoven et la Sonate en la majeur D 959 de Schubert (ve 24 juillet à l’église de Saanen). Daniil Trifonov défend le 4e Concerto de Rachmaninov avec Iván Fischer et l’Orchestre du Festival de Budapest, suivi d’un récital avec les 12 Etudes d’exécution transcendante de Liszt (di 23 août à Saanen). Jordi Savall, Emmanuel Pahud, Sabine Meyer, Maxim Vengerov, Cecilia Bartoli et le contre-ténor Franco Fagioli figurent aussi parmi les invités de marque.

Sous la tente du festival, Jonas Kaufmann fera l’événement (ve 21 août). Erwin Schrott incarne Don Giovanni (aux côtés de Véronique Gens et Ramon Vargas) pour une version concertante de l’opéra de Mozart dirigée par le brillant Pablo Heras-Casado (sa 29 août). Zubin Mehta et l’Orchestre philharmonique d’Israël (Till l’espiègle de Strauss et la «Pathétique» de Tchaïkovski), Philippe Jordan et l’Orchestre symphonique de Vienne («La Grande» de Schubert) complètent le volet symphonique. Plus rare: douze altistes du Philharmonique de Berlin proposent une soirée qui est une première dans le genre!

L’académie de direction d’orchestre vivra sa deuxième édition cet été, avec quinze apprentis chefs d’orchestre, dont trois sélectionnés dans les HEM romandes. Neeme Järvi, Gennady Rozhdestvensky et Leonid Grin formeront ces participants.

Gstaad Menuhin Festival, du 16 juillet au 5 septembre. www.gstaadmenuhinfestival.com