Il n'a que 30 ans, et c'est entre ses mains que repose l'avenir d'un festival au prestige international. Christoph Müller sera directeur artistique du Menuhin Festival de Gstaad dès novembre 2001. A 30 ans, il succède à Eleanor Hope, elle-même appelée à la rescousse alors que la manifestation bernoise traversait une période de crise. «Nous avons choisi un jeune candidat pour un projet à long terme, a déclaré hier Leonz Blunschi, président du conseil d'administration. Christoph Müller est l'administrateur de l'Orchestre de chambre de Bâle. Il a l'habitude de travailler avec les musiciens. Et c'est lui qui a initié la série de concerts Lucerne Chamber Circle au nouveau Centre de culture et des congrès. Il est prêt à s'adapter au public de Gstaad. Sous l'ère de Gidon Kremer, c'était le contraire.» Pour ne pas dire la catastrophe.

Enlisement

Fin 1997, le déficit s'élève à 600 000 francs. Gidon Kremer, directeur artistique, n'est pas à l'aise dans ce milieu huppé qui fuit comme la peste une intégrale des quatuors à cordes de Chostakovitch. Le violoniste letton a des exigences jugées excessives: il réclame 100 000 francs pour son orchestre KremerATA Baltica, il dissémine ses compositeurs baltes alors que le public rêve de soirées «décontract'» en compagnie de Mozart. Incompris, l'homme fort rêvé par Yehudi Menuhin s'évade de lui-même, c'est Peter Keller qui le remplace en 1998.

Et, comme la situation ne s'améliore toujours pas, on fait appel à une vieille habituée du festival. Depuis vingt-cinq ans, Eleanor Hope fréquente ce paradis terrestre: «J'ai eu quatre semaines pour bâtir tout un programme. L'édition de l'an dernier était un succès, on a même fait des bénéfices. Quand une région dépend si étroitement du festival pour le tourisme (l'hôtellerie, les commerçants), il faut savoir s'adapter à la demande. J'ai choisi des musiques de film pour donner une image plus souriante de Chostakovitch.» Entre-temps, le bureau a redistribué les tâches: un conseil d'administration – pour la stratégie – et un comité d'organisation, avec un trésorier, un chef du marketing, etc. Et tout ce beau monde gère un budget de 3 millions de francs, dont la moitié s'en va pour la musique. En attendant, Christoph Müller mûrit son concept artistique qui sera dévoilé, nous dit-on, en avril.