Jacques Moreau. 1914-1918. Nous étions des hommes. La Martinière, 263 p.

Il y a encore des trésors cachés. En se défaisant, en 1968, d'un lot de plus de 2000 clichés sur la guerre de 14-18, le photographe Jacques Moreau ne pouvait imaginer que, quarante ans plus tard, plusieurs centaines de ces plaques de verre reverraient le jour, accompagnées de légendes intelligentes et de textes d'écrivains, dans un grand volume que publient Béatrice Fontanel et Daniel Wolfromm. Dès l'image de couverture, l'événement – c'en est un – saute aux yeux. Dans les regards de ces hommes, sanglés dans leur capote, mal rasés, tendant gourdes et tasses de fer au tenancier qui les remplit de gnôle, il y a la présence, forte, de troufions amusés. Amusés et usés. Eternel face-à-face de l'œil du photographe et de ceux qu'il capture.

Promenant son attirail des rues de Paris, excitées et inquiètes de la déclaration de guerre au fond des boyaux où des millions de soldats jouèrent leur existence, Moreau nous raconte la vie dans la guerre. Pas de morts (sauf ennemis). Mais le départ joyeux des appelés. Les longues colonnes d'uniformes dans des paysages lunaires ou dévastés. Les repas, en cantine, dans les sous-bois. Les tranchées, où il surprend les visages gris des combattants. Leur sourire parfois. A chaque fois, la justesse du cadrage, l'humanité de son approche émeuvent et émerveillent. Impression aidant – elle est de qualité exceptionnelle – les hommes, les lieux, les objets sont là, ils n'ont pas pris une ride.