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Helen Mirren en officier dans un film qui raconte la guerre d’aujourdui, avec drones et écrans. (Keith Bernstein/Bleecker Street/AP)
© Keith Bernstein

Cinéma

Guerre moderne, guerre d’images

Film de guerre à base de drones, «Eye in the Sky» de Gavin Hood développe en parallèle suspense et réflexion. Sur des bases faussées?

Pas facile de réaliser un film de guerre moderne. Avant, les cinéastes pouvaient s’appuyer sur du concret – armées, forteresses, tranchées, engins flottants ou volants – avec la possibilité d’un affrontement direct comme clou dramatique. Mais comment raconter la guerre actuelle, qui se joue le plus souvent devant des écrans, avec juste des engins téléguidés planant au-dessus de l’ennemi? C’est le défi qu’a, le premier, tenté de relever Andrew Niccol dans «Good Kill» (2014), avec Ethan Hawke en pilote de drone travaillé par sa conscience tandis qu’il fait exploser des présumés Talibans depuis sa base du Nevada. Verdict commercial: à peine 350 000 dollars de recettes, contre 350 millions pour le douteux «American Sniper» sans états d’âme de Clint Eastwood la même année!

Comme on n’allait pas y reprendre les Américains de sitôt, c’est un film britannique réalisé par le Sud-Africain Gavin Hood, «Eye in the Sky», qui s’y essaie à son tour. Même devenue une meilleure affaire en termes de «box-office», la chose n’est pour l’heure visible qu’à Genève, où le Ciné 17 l’a sauvée des tiroirs d’un distributeur. Mais elle vaut le détour, ne serait-ce que pour voir la grande Helen Mirren aux commandes et la dernière apparition à l’écran du regretté Alan Rickman. Un peu âgés à 68 ans pour leurs rôles d’officiers en charge d’une mission anti-terroriste, ils ne contribuent pas peu à l’intérêt du spectacle, imaginé par un autre vétéran, le scénariste de télévision Guy Hibbert.


Une équation complexe

L’action se déroule en parallèle sur trois lieux. L’opération en question consiste à enlever au Kenya, une ressortissante britannique radicalisée, à l’occasion d’une réunion de la mouvance islamiste somalienne al-Shabbaab. C’est un drone américain qui surveille la rencontre dans une anodine maison de banlieue de Nairobi tandis qu’au sol, un agent somalien réussit à introduire un petit engin espion. Lorsque ce dernier révèle des préparatifs pour un attentat suicide, en Angleterre, la colonelle Powell (Mirren) demande à changer de plan pour procéder à une frappe. En présence de trois membres du gouvernement, le général Benson (Rickman), même favorable, doit se résoudre à attendre un feu vert du ministre des affaires étrangères. Puis tout se complique encore quand, près de Las Vegas, le pilote américain chargé de l’exécution (Aaron Paul) se cabre après avoir repéré une petite vendeuse de pain qui risque fort de mourir elle aussi…

Une menace probable dans un pays neutre, des ressortissants occidentaux, une victime collatérale locale, de gros risques de dégât d’image: l’équation est complexe. A qui appartient la décision, et tombera-t-elle à temps? Le suspense grandit, mais frise aussi la comédie lorsqu’il faut déranger à Singapour un ministre victime d’intoxication alimentaire, puis un Secrétaire d’Etat américain plus intéressé par sa partie de ping-pong à Pékin. Tous sont cependant bien conscients qu’il s’agit d’une affaire de vies ou de morts, maintenant ou plus tard.


Compassion contre responsabilité

Suspense efficace doublé de questions éthiques, «Eye in the Sky» nous fait retrouver le cinéaste habile de «Tsotsi» (2005) qu’on avait pu croire perdu à Hollywood («Wolverine»). Après «Détention secrète (Rendition)», sur l’usage abusif de la torture par la CIA sous Bush, et «La Stratégie Ender (Ender’s Game)», SF juvénile qui dévoilait trop tard ses intentions pacifistes, ce nouveau film conclut une sorte de trilogie sur la guerre moderne et la dilution des responsabilités dans un monde d’images. Mais en opposant regard compassionnel (le film s’ouvre et se conclut sur la fillette), logique militaire et tergiversations politiques, Gavin Hood ménage un peu trop la chèvre et le chou. Où se situe vraiment celui qui s’est donné le rôle d’officier supérieur des pilotes de drones? Dans la réalité d’une sale guerre qui répond à la lâcheté par une autre forme de lâcheté, on doute surtout que les choses soient aussi nettes que dans ce cas d’école, un peu trop soigneusement calculé.


Eye in the Sky, de Gavin Hood (Royaume-Uni – Afrique du Sud 2015), avec Helen Mirren, Alan Rickman, Aaron Paul, Phoebe Fox, Barkhad Abdi, Jeremy Northam, Richard McCabe, Monica Dolan, Iain Glen. 1h42

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