Au panthéon des cinéastes que vénère Hervé Dumont, trois noms brillent d’un éclat particulier: Nicholas Ray, Vincente ­Minnelli et Alfred Hitchcock, les maîtres qui lui ont fait découvrir l’art de la mise en scène. «La grande force de Minnelli était l’élégance du style et le sens des couleurs. Avec lui, la peinture entre dans le cinéma», rappelle l’ancien directeur de la Cinémathèque suisse. «En matière de mélodrame, dans les années 50, personne ne le surpasse, sauf peut-être Douglas Sirk, et encore.» Il n’a pas eu peur d’aborder de grands sujets, comme la guerre et le nazisme. «Les fastes d’opéra qu’il déploie dans Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse renvoient au Visconti des Damnés. Son refus d’une forme de réalisme est tout à fait conscient.»

Olivier Père est entré dans l’œuvre de Minnelli par la porte du mélodrame. «J’adore L’Horloge, La Vie passionnée de Vincent Van Gogh, Comme un torrent et des œuvres plus tardives comme Il faut marier papa. Evidemment, Un Américain à Paris ou Tous en scène sont des films sublimes, mais il a sûrement mis quelque chose de plus personnel dans ses mélodrames. Il est allé encore plus loin que Sirk», estime le directeur artistique du Festival du film de ­Locarno. «C’est un grand plasticien, mais ce qui me frappe le plus, c’est à quel point ses personnages sont fragiles, névrosés.»

Dans son bureau, Frédéric Maire voulait placarder une affiche de Tous en scène. Mais elle était trop grande. Il a dû se rabattre sur Un Américain à Paris. Leslie Caron et Gene Kelly dansent tous les jours pour le directeur de la Cinémathèque suisse. «Minnelli est une des grandes incarnations d’Hollywood. J’ai une forme d’adoration absolument délirante pour ses comédies musicales. Elles consacrent la fusion totale de la magie du cinéma, de la musique et de la danse, sans évacuer les problématiques, ni la profondeur du récit. Il y a dans Le Chant du Missouri une légèreté que je n’ai retrouvée dans aucun autre film.»

Aux profanes, aux jeunes générations qui veulent découvrir l’œuvre de Vincente Minnelli, Hervé Dumont recommande Les Ensorcelés. Et aussi Tous en scène, parce que «Dancing in the Dark», le pas de deux de Fred Astaire et Cyd Charisse dans Central Park, est la «plus belle scène de danse de toute l’histoire de la comédie musicale».

Comme Minnelli a «vraiment fait des choses sublimes» en matière de mélodrame, Olivier Père préconise Comme un torrent, Les Quatre Cavaliers de l’Apocalypse, Quinze Jours ailleurs

Fredéric Maire prescrit Brigadoon , un «chef-d’œuvre absolu» qui concentre en lui tout le cinéma. Cette comédie musicale ­invoquant un village écossais enchanté n’apparaissant qu’un jour par siècle «parle du désir d’aller jusqu’au bout de ses rêves. C’est le destin de nombre d’artistes.»