Les propos tenus mardi dans Le Temps par le conseiller administratif Guillaume Barazzone ne sont pas passés inaperçus. Puisqu’ils ont suscité l’envoi d’un courrier courroucé de la part du festival de film Black Movie.

Le magistrat démocrate-chrétien estimait, en matière de politique culturelle, que la Ville de Genève devait faire des choix en matière de subventionnement. L’édile proposait de ne soutenir que deux festivals au lieu des sept actuellement aidés par la Municipalité. «Nous aurions ainsi plus d’argent et de visibilité à apporter à ces manifestations qui apportent une véritable plus-value dans le paysage des festivals suisses et européens», avançait le responsable de la Sécurité et de l’environnement urbain.

Co-directrice du festival Black Movie – promouvant le cinéma d’auteur qui peine à trouver sa place dans nos salles –, Kate Reidy s’offusque des propos «brutaux» du magistrat, jugeant qu’il fait preuve d’une méconnaissance du septième art.

Le Temps: que répondez-vous au magistrat qui estime que Genève devrait se passer de votre festival?

Kate Reidy: Qu’il fait preuve de méconnaissance envers notre travail. Nous avons attiré 30 000 festivaliers lors de notre dernière édition et nous touchons près de 12 000 enfants du canton tout au long de l’année lors d’activités scolaires pour les sensibiliser à la lecture de l’image. C’est une mission essentielle aujourd’hui face au bombardement de photos et de vidéos auquel sont soumis les plus jeunes.

- Ces propos vous ont-ils blessé?

- Je dirais que le propos est brutal, peu respectueux et que son calcul m’apparaît comme très simpliste, parce qu’il balaye la réalité du terrain.

- C’est-à-dire?

- Notre festival existe depuis près de vingt ans. Nous offrons chaque année la possibilité au public de pouvoir visionner des films qu’on ne voit nulle part ailleurs. Une grande partie des réalisateurs non-occidentaux présentés au Black Movie se retrouvent par la suite sur les tapis rouges des festivals les plus prestigieux du monde. Enfin, le calcul est simpliste parce que nos structures ne coûtent pas cher. J’ai l’impression que l’on tape sur les mauvaises personnes.

- Quel est votre budget?

- Environ 950 000 francs, dont 130 000 francs provenant de la billetterie.

- Disposez-vous de financement privé?

- Nous avons quelques mécènes mais cela ne suffit pas, étant donné la nature de notre programmation, pour couvrir le budget du festival. Je peux vous dire que nous essayons en permanence de trouver d’autres sources de financement, que nous n’avons pas de problème avec l’argent privé et que chaque sou, s’il peut être économisé, l’est.

- Les coupes budgétaires de la droite vous feront perdre 18 000 francs, soit une diminution de presque 2%. Quel est l’impact sur le fonctionnement du festival?

- Ce montant correspond à la totalité des frais qui couvrent le déplacement de nos invités. Il correspond aussi à un poste à plein-temps pendant six mois. Dire que ces coupes sont indolores est donc faux.

- Votre dernière édition s’est terminée en janvier. Comment avez-vous géré cette baisse de subvention?

- En réalisant un déficit. Nous avons été doublement punis. Une première fois en perdant ces 18 000 francs. Une deuxième en l’apprenant à la dernière minute sans pouvoir modifier notre organisation. Mais au-delà de l’aspect strictement financier, c’est l’absence de projet culturel derrière ces coupes qui m’interpelle. Cette absence de vision à long terme ne conduit qu’à offrir un horizon de plus en plus bouché.


Pour poursuivre:  Les coupes dans la culture enflamment les débats à Genève (Forum RTS)